COMPROMIS AVEC LA LIBERTE SUR INTERNET

Après neuf semaines d’efforts de conciliation, Google tient ses promesses du mois de janvier et refuse depuis le 22 mars de se plier aux exigences de la censure chinoise. Il redirige ses clients vers le Google de Hongkong, qui échappe à la censure. Ce premier pas contre la mainmise d’un Etat répressif sur l’internet national mérite un salut. Mais Google ne quitte pas la Chine ; il y maintiendra ses liaisons commerciales et ses activités de recherche et développement. De leur côté, par un tour de passe-passe, les autorités chinoises garderont sans doute en grande partie leur maîtrise de la toile car elles sauront filtrer les interrogations parties vers Hongkong, bloqueront l’accès aux informations sensibles et maintiendront une menace sur les questionneurs.

La solution du conflit de janvier est donc – en apparence – de type gagnant gagnant pour les deux parties : gagnant pour Google qui maintient sa présence et une partie de ses activités lucratives ; gagnant pour le parti qui n’aurait pu résister longtemps à la vérité rétablie sur des millions d’écrans de son histoire ancienne ou récente. Il y a quand même un perdant : une population de plus d’un milliard d’hommes, chinois ou non, qui devront en majorité se contenter des vérités, semi-vérités et contrevérités que le parti a choisi de leur diffuser, car il leur sera difficile d’aller s’informer dans l’ancienne colonie britannique sans risquer des sanctions.

Preuve que le parti n’a pas lâché grand-chose : le Département central de la propagande a imposé le 22 mars aux médias de mentionner la décision de Google en reprenant exclusivement les termes choisis par l’agence officielle Xinhua. L’administration accroît en outre ses exigences en matière de contrôle des sites, multipliant depuis quelques mois les demandes de documents et les formulaires à remplir. Les attaques de sites par les « bricoleurs » (hackers) se multiplient depuis décembre et apparemment, les autorités chinoises ne peuvent ou ne veulent les prévenir, tout en prétendant avec beaucoup d’aplomb, n’y être pour rien.

Cette brèche ouverte par Google permet toutefois d’en espérer d’autres. Un groupe américain (GoDaddy) vient d’annoncer le 24 mars qu’il ne proposerait plus de noms de domaines chinois en raison du contrôle des bureaux de censure et parce qu’il ne veut pas se comporter en « agent du gouvernement chinois ». Reporters sans frontières demande à Yahoo et à Microsoft de suivre ces exemples.
Autre point positif : le différend contribuera à éclairer les cybernautes sur les contrôles et les obstacles qu’on leur impose dans leur quête d’informations. Selon une enquête rapportée par le Comité de protection des journalistes, le pourcentage des cybernautes conscients de l’existence d’une censure est passé en deux ans de 5% à 20%. Tout porte à croire que le nombre des utilisateurs d’Internet désireux d’échapper aux contrôles croît au même rythme. En effet, le 22 mars, le nombre des consultations des sites permettant d’escalader le mur de la censure (fanqiang) a tout simplement triplé en un seul jour et il était six fois plus élevé qu’au premier mars.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s