L’AVENIR DE HONG-KONG, UNE QUESTION CLE

Le flux des informations sur l’Internet, la défiance envers une administration trop vénale, la croissance des conflits dans les usines et les campagnes, souvent liés aux empiétements des capitaux industriels extérieurs, la volonté d’autonomie des régions éloignées ne sont pas les seules menaces qui pèsent sur le régime chinois.
Une autre source d’inquiétude se trouve dans l’avenir incertain de Hongkong et de
ses sept millions d’habitants. Le passé britannique du territoire avec – même strictement encadré – le respect des libertés fondamentales, de l’indépendance de la justice et de l’indépendance des barreaux, crée évidemment une situation épineuse. Le statut actuel reconnaît le principe des élections pour désigner le chef de l’exécutif et le Conseil législatif. La complexité des circonscriptions et le rôle tenu par les groupes professionnels ont jusqu’à présent empêché tout affrontement direct avec les autorités de Beijing en retirant au statut une bonne part de son caractère démocratique. L’exécutif propose des réformes de transition et les soumettra avant l’été au Conseil législatif ; mais le clan des démocrates ne s’en satisfait pas. En effet, l’objectif officiel, admis par toutes les parties depuis le 29 décembre 2007, c’est le suffrage universel. Reste à savoir comment l’instaurer et quand.

Si la procédure est honnête, elle suppose un pluripartisme ouvert et l’on sait que
cette revendication a valu onze ans d’emprisonnement à Liu Xiaobo. On voit mal
Beijing se résigner à installer cette bombe à retardement. S’il y a tour de passe-passe, le pluripartisme sera une comédie entre candidats officiels, c’est-à-dire acceptés ou désignés par Beijing. Quelques éléments suggèrent cette orientation. Mais qui peut croire que la population de Hongkong, marquée par la tradition de la common law britannique, se laisserait berner alors qu’elle n’oublie pas de manifester sa solidarité avec les militants des droits civiques de l’intérieur et sa compassion pour les victimes du massacre de 1989 à Tiananmen, en particulier ce 30 mai à l’appel de l’Alliance pour le Soutien au Mouvement démocratique patriotique de Chine ?

Pour quand, le suffrage universel ? L’Alliance pour le Suffrage universel le demande sans délai ou plus exactement pour 2012 ; cinq conseillers démissionnaires se sont fait réélire sur ce programme au mois de mai. Beijing affirme que le territoire n’est pas encore mûr pour voter librement et qu’il faut attendre : rien avant 2017 pour l’exécutif ; rien avant 2020 pour le Conseil législatif. Le régime communiste propose des étapes, espérant gagner du temps jusqu’aux calendes grecques. Ses partisans affectent d’ailleurs de ne pas reconnaître la validité des réélections récentes au Conseil législatif puisque les élus avaient voulu leur donner valeur symbolique de référendum et que le référendum n’est pas prévu dans le statut présent du territoire.

Un dispositif de propagande se met discrètement en place. Des éditorialistes dans la presse favorable à Beijing expliquent que les démocrates ne gagneront rien à lutter contre le système actuel des collèges électoraux et qu’il faudrait plutôt rechercher « des solutions communes, dans l’unité et pour le bien de tous ». Il vaudrait mieux que le territoire marche du même pas que la grande Chine. En se dressant contre elle, on ne ferait qu’introduire instabilité et désordre. Bref, il est vivement conseillé aux habitants de Hongkong d’oublier leur histoire et ses acquis et de se plier docilement et harmonieusement aux souhaits du parti unique.

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