GREVES ILLEGALES ET SYNDICATS JAUNES

Attribuée à des conditions de travail exécrables, la série de suicides survenues dans l’entreprise à capitaux taiwanais Foxconn a entraîné un relèvement des rémunérations, lequel a suscité une vague d’agitation ouvrière dans nombre de firmes étrangères au Guangdong, à Shanghai, au Hubei, au Jiangxi avec des conséquences de grève bien connues naguère dans l’Europe industrielle. C’est ainsi que le groupe de construction automobile japonais Honda a dû, faute d’approvisionnement en boîtes de vitesse et autres pièces, arrêter la production
de quatre usines d’assemblage (trois au Guangdong, une au Hubei). Au total dans les seules usines japonaises de Toyota, de Honda et de Nissan, huit grèves ont débouché sur des augmentations de salaires.

Ces conflits successifs jettent une lumière crue sur les conflits d’entreprise. Le 31 mai à Foshan (Guangdong) où s’est déroulé le plus vif des affrontements, deux cents membres du syndicat officiel sont partis se battre contre les grévistes, dans l’espoir de les contraindre à reprendre le travail. Ils avaient aussi pour mission de rapporter à la direction nipponne une bande vidéo sur les piquets de grève.
Depuis 1982 et la suppression de la disposition constitutionnelle qui donnait aux ouvriers le droit de grève, la Chine se trouve le seul grand pays industriel à interdire les arrêts de travail. L’argumentation d’alors, c’était que les ouvriers étant les maîtres du pays, comme l’affirme encore aujourd’hui la Constitution, il n’y avait aucune raison de faire grève. Le raisonnement était fort spécieux mais de toutes manières, il y a aujourd’hui bien longtemps que nombre d’anciens cadres dirigeants du parti se sont convertis en chefs d’entreprise et que le secteur privé s’est ouvert aux capitaux étrangers, occidentaux ou asiatiques, lesquels jouent un rôle essentiel dans la production et le commerce nationaux.

Il ne faut ni faire de grève ni en parler, ce qui pourrait répandre de mauvaises idées. Les ouvriers sont priés de ne pas s’adresser aux journalistes. Le régime cherche en effet à taire les tensions, à empêcher qu’elles se rejoignent et s’amplifient. Mais ces interdictions n’ont qu’une efficacité limitée car les revendications des ouvriers portent sur leurs difficultés de tous les jours, sur l’insalubrité de leur travail, les tromperies dont ils sont l’objet dans la fixation des rémunérations, dans l’impossibilité financière où ils se trouvent d’assurer à leurs enfants l’accès à l’éducation.
La nouvelle génération de salariés supporte moins bien des conditions de travail éprouvantes et les violations constantes du droit du travail. Elle s’interroge aussi sur l’attitude des syndicats, non élus mais mis en place par le parti communiste et qui appuient presque toujours les choix patronaux. Les violations des
règlements sont constantes : heures supplémentaires non rémunérées, non-prise en compte des accidents du travail, non versement des cotisations d’assurance, retards ou non versements de salaires,etc.

Les relèvements de salaires ne vont pas bouleverser l’économie chinoise. Augmenter de dix ou vingt pour cent des salaires mensuels de 90 euros n’enlèvent pas grand chose à la compétitivité chinoise, fondée sur les bas salaires. Les hausses d’ailleurs ne concernent pour l’instant que des entreprises à capitaux étrangers : les sociétés purement chinoises ne sont guère concernées ; elles peuvent compter sur l’appui du parti et sur la complaisance des syndicats officiels. Cependant les téléphones portables et le réseau de l’Internet permettent de diffuser peu à peu l’information auprès des deux ou trois cents millions de travailleurs des usines.

Parallèlement à ces actions collectives, on note une multiplication des actes de violences individuelles contre les autorités (la police, les juges, les fonctionnaires), fréquemment suivis du suicide de leur auteur. Ces expressions de folies meurtrières et désespérées semblent attirer la sympathie, amusée, cynique ou tragique, d’une partie des cybernautes. Bref, on dirait que le pouvoir n’a plus la pleine maîtrise de la situation et que son emprise idéologique s’affaiblit. Les autorités viennent d’ailleurs de décider la création d’un Institut pour former l’appareil d’État à traiter « des situations d’urgence ».

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