DIPLOMATIE REACTIONNAIRE, REPRESSION INTERIEURE

Le couple russo-chinois s’entend à merveille pour dénoncer l’intervention extérieure en Libye. Il reprend les communiqués de Tripoli et fait silence sur les menaces de massacre qui pesaient sur Benghazi. Le 26 mars, la télévision CCTV a été jusqu’à présenter une foule libyenne en liesse et brandissant des bannières «Vive la France» comme un rassemblement en faveur de Kadhafi.

Dans la même veine de pensée, l’envoyé spécial chinois à Damas a apporté le 28 mars son soutien au pouvoir syrien pour ses efforts en vue de défendre la stabilité nationale. Au total, depuis décembre, aucune insurrection populaire n’a pu éveiller la sympathie des dirigeants chinois. Dans un déluge quotidien d’articles, la presse fait tout pour montrer que la situation est différente en Chine. Mais le déploiement de forces policières dans les grandes villes chaque dimanche pour prévenir des manifestations pacifiques ne s’explique pas sans la crainte éprouvée par le pouvoir de devoir affronter des situations incontrôlables. De même que le grand nombre d’arrestations opérées dès le mois dernier (voir l’appel à soutien de la Ligue, de l’Observatoire des Avocats et du Syndicat des Avocats de France en fin de bulletin) et prolongées tout ce mois de mars, sans parler des innombrables assignations à résidence qui réduisent au silence une bonne part des militants les plus en vue.
Quant aux journalistes étrangers, jusqu’alors relativement préservés du contrôle policier, parvenus sur les lieux des rassemblements dominicaux pour décrire ce qui s’y passait, ils ont été appréhendés, harcelés, voire battus au prétexte qu’ils créaient l’événement en en parlant, qu’ils étaient plus ou moins mandatés par l’étranger et n’avaient pas reçu les autorisations préalables Les promesses des Jeux olympiques de 2008 se sont envolées.

Beijing se dit menacé par l’Internet et y voit l’instrument d’un complot des États-Unis : «Facebook, Twitter, Youtube et autres sites de l’Internet ont joué un rôle clé dans les incidents du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord. Ces firmes américaines, inextricablement liées au gouvernement des États-unis, sont devenues des outils que ce dernier emploie dans sa diplomatie hégémonique…
Il a déjà lancé des réseaux Twitter en arabe et en persan. Il en lancera aussi en chinois, en russe et en hindi…il mène ainsi sa propagande idéologique dans le dessein de favoriser des hostilités et de provoquer des divisions internes» (Guangmingwang, 7 mars).

La société chinoise se caractérise par le contraste d’une relative stabilité globale vue de l’extérieur et d’une grande agitation sur le terrain, agitation qui la fragilise mais que l’on ne discerne guère à l’étranger. C’est ce que notait déjà Liu Xiaobo en 2004 à qui un hommage était rendu les 20 et 21 mars dans le monde entier et dans une cinquantaine de villes – y compris, bien sûr, à Paris. Le pouvoir s’obstine à justifier le verdict qu’une justice aux ordres a rendu contre le Prix Nobel emprisonné : «Le jugement rendu contre Liu Xiaobo est parfaitement fondé quant aux faits et quant au droit» affirmait, le 10 mars, le directeur adjoint de la Commission des Affaires législatives de l’Assemblée. C’est qu’il existe à Beijing un «ministère de la vérité» : ses circulaires décident chaque jour de ce que sont les faits et de ce qu’est le droit, de ce qu’on doit taire et de ce qu’on peut dire.

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