LES INTRICATIONS DE LA POLITIQUE INTERNE ET DE L’EXPANSION EXTERIEURE

La persistance voire l’accentuation de la politique de durcissement menée depuis février a marqué tout ce mois de mai. Il s’agissait toujours d’empêcher que l’esprit des rebellions de la Méditerranée et du Proche-Orient se diffuse au sein de la population chinoise et se combine à ses mécontentements sociaux et à son dégoût de la corruption. Cette volonté de contrôle s’appuie sur une nouvelle organisation de la surveillance de l’internet, marquée par la collaboration resserrée de tous les services de censure. Sa mise en place récente a pour objet d’isoler plus encore la Chine des contacts extérieurs et d’intervenir à temps pour prévenir la propagation des idées subversives et la constitution de noyaux de résistance.

Les arrestations de février – sans motifs donnés, sans passage devant un tribunal, sans information des familles – ont débouché sur quelques remises en liberté, vite compensées. De nouvelles détentions frappent des militants connus ou des citoyens de base, des défenseurs des droits civiques comme des fidèles de la religion chrétienne. Les règles de procédure ne sont pas respectées : une simple assignation à résidence peut précéder le passage devant un tribunal. Les amis des détenus sont eux aussi surveillés ou privés de liberté pour empêcher la manifestation d’un soutien en public ou l’envoi de messages sur l’internet.
Presque tous les éditoriaux touchant aux mouvements du Proche Orient et aux libertés intérieures dénoncent comme grotesque et hypocrite l’idée attribuée à l’Amérique que «les droits de l’homme l’emportent sur la souveraineté nationale». Il est évidemment difficile à un membre du Comité des Droits de l’Homme des Nations unies d’affirmer que la souveraineté nationale l’emporte sur les droits de l’homme.

La presse et les dirigeants chinois affectent donc de ne voir dans les insurrections de l’hiver et du printemps qu’une opération extérieure de type colonialiste, qu’une «arme de l’Occident pour conquérir le monde», le résultat d’un mot d’ordre «pour une intervention sans frontières» qui ne saurait être qu’un «instrument de discorde dans le monde» (Quotidien du peuple du 29 avril). Ces analyses de la situation internationale sont empreintes d’un nouveau et solide mépris pour les gouvernements occidentaux. Le 14 mai, l’agence Tongxun explique que si les États-unis par la bouche d’Hillary Clinton parlent sans cesse des droits de l’homme dans leurs rapports avec la Chine, c’est qu’ils ont perdu la partie sur les plans économique, militaire et stratégique et qu’ils n’ont plus que cette carte à jouer. La presse chinoise ne cesse de décrire un camp occidental en pleine déconfiture et qui va d’échec en échec, alors que la croissance économique nationale ferait l’admiration du monde entier. Cette arrogance s’accompagne, comme il est habituel avec les puissances montantes, d’une expansion militaire maritime et aérienne, presque aussi rapide que les budgets de la Sécurité, avec déjà le risque de conflits quasi ouverts avec les pays côtiers de l’Asie du Sud-Est. Sans oublier la persistance de la question taiwanaise. Dénonçant les ventes d’armes américaines aux insulaires, Beijing affecte, non sans humour, de ne pas comprendre : Taiwan n’a nul besoin d’armes puisque nous sommes parfaitement en mesure d’assurer sa défense. Sans doute avec le rassurant millier de fusées pointées sur l’île.

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