REPRESSION INTENSIFIEE POUR LES DEMOCRATES

La longueur croissante de ce bulletin risque d’en rendre la lecture fastidieuse. Mais faut-il, pour être bref, passer sous silence des événements graves qui concernent un cinquième de la population mondiale ? Le champ des préoccupations suscitées par la Chine ne cesse de s’élargir ; il vient même de se dédoubler. Au lourd silence imposé aux démocrates s’ajoutent les menaces et démonstrations de force dans les eaux proches du Vietnam et des Philippines que la Chine considère comme une mer intérieure.

Réduire au silence les dissidents les plus courageux et en particulier les avocats défenseurs de l’état de droit, il semble que le pouvoir y soit parvenu dans le cours du printemps. Quelques dé-tenus de février et des mois suivants sont sortis de prison, mais plus silencieux qu’auparavant, sans doute à cause des engagements qu’il leur aura fallu prendre en détention pour suspendre les mauvais traitements ou les tortures. Leurs épouses aussi se taisent, qui jusqu’à présent pourtant s’étaient montrées héroïques. C’est le fait nouveau de la répression. Le régime a décidé de s’en prendre aux familles et de maintenir dans l’oppression les détenus libérés et leurs proches. Les amis intellectuels sont menacés de rétorsion rigoureuse s’ils exprimaient leur solidarité. Bâillonnés, les avocats ne trouvent appui qu’à l’étranger, à Hongkong ou à Taiwan et c’est insuffisant pour leur redonner la liberté d’agir.
La disparition de l’avocat Gao Zhisheng en février 2009 peut effrayer ses collègues : on ne sait toujours pas s’il est mort ou vivant. Les enfants des avocats et intellectuels détenus ont été traumatisés ce printemps par l’arrivée brutale de la police et l’enlèvement de leur père ; certains développent des maladies psychiques, difficiles à soigner, surtout si la société et l’école leur font croire que leur père bien aimé est un dangereux criminel.
Parallèlement, la Chine qui finit par se prendre pour la merveille du globe à force d’entendre les louanges de ses partenaires, veut intervenir dans les affaires du monde, sure de la légitimité politique que lui donnerait son expansion. «Le parti communiste est la clé du miracle économique chinois» affirme un éditorial du 18 juin. D’où l’affirmation péremptoire de droits sur les eaux méridionales et le rejet des revendications formulées par les pays voisins : «La situation en mer du Sud, c’est leur problème, pas le nôtre» disait récemment un amiral. «Si le Vietnam continue de provoquer la Chine dans la région, la Chine recourra d’abord avec les forces de sa police maritime et ensuite si nécessaire, avec ses forces navales. La Chine doit dire clairement que si elle décide de riposter, elle reprendra aussi possession des îles occupées auparavant par le Vietnam» (Global Times, 21 juin).

Le pays dispose maintenant d’une organisation régionale qui élargit son influence. L’Organisation de Coopération de Shanghai fêtait son dixième anniversaire le 15 juin dans la capitale du Kazakhstan Astana ; la Chine y joue le rôle principal, devant les cinq pays de l’ancien empire soviétique. L’objectif de l’O.C.S., c’est «la démocratisation des relations internationales» et la constitution d’un bloc «non aligné»(sic) qui fasse pièce aux initiatives du Japon, du Vietnam, de la Corée du Sud et de l’Inde, lesquels comptent sur le soutien des États-unis pour ne pas se trouver seuls face à la puissance chinoise.

Mais l’alliance nourrit d’autres ambitions. Chinois et Russes s’y rejoignent dans la volonté de lutter contre la dissidence, de contrôler le réseau Internet et de juguler les séparatismes en combattant le terrorisme. Plus largement encore, la réunion des chefs d’État à Astana «doit être un élément déterminant dans le changement de l’architecture financière mondiale». Un expert de Beijing déclarait récemment qu’il eût été «tout naturel» que le nouveau directeur du F.M.I. fût chinois. En politique étrangère, le couple sino-russe s’entend pour dénoncer le mythe du «printemps arabe» et les interventions extérieures dans les pays méditerranéens et du Proche-Orient, pour reconnaître le droit de l’Iran au pouvoir nucléaire et pour agiter la menace d’un droit de veto conjoint si le Conseil de Sécurité des Nations-unies voulait dénoncer trop vive-ment les dictatures.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s