S’IL VOUS PLAIT, NE FERMEZ PAS LES YEUX

Enlever, frapper, torturer, dégrader physiquement et moralement, menacer d’exercer des représailles sur les familles, voici les nouvelles pratiques de 2011 pour réduire la dissidence, pour faire taire des démocrates. Désormais les militants sortent de prison terrorisés, ils ne parlent plus, ils ne veulent plus voir personne, ils sourient d’un air gêné, eux qui jusqu’alors se montraient intrépides et indomptables, malgré les contrôles policiers subis depuis des années et les incarcérations à répétition. La répression chinoise est devenue effrayante en quelques mois.

Sur les cinquante dissidents connus incarcérés depuis février (il y en eut sans doute bien plus dans l’immensité chinoise), seuls deux ont repris la parole parce qu’ils ne voulaient pas donner raison à leurs tortionnaires. L’avocat Jiang Tianyong, l’artiste Ai Weiwei ont osé dire, à mots en partie couverts et avec retard car toujours menacés, tout ce qu’ils avaient enduré ; ajoutant que pour certains de leurs amis, cela avait été bien pire. Des coups qui laissent des traces, qui font perdre la mémoire, deux mois au noir dans une cellule, des immobilisations qui atrophient les muscles, sans parler des privations de médicaments et de la sous-alimentation, voire des menaces de viol sur les filles des prévenus, c’est ainsi que le régime veut anéantir le désir de liberté, de dignité et d’humanité présent dans les coeurs de Chine comme partout ailleurs.
On ne peut qu’être accablé par la difficulté de se faire entendre. Dans ce bulletin même, nous ne pouvons parler de tout. Sauf exceptions, il n’y est pas question des conflits publics impliquant moins de deux cents personnes, des détentions de quelques jours, des violences carcérales si elles ne se traduisent pas par un décès, des enlèvements de quelques semaines, des détentions en prison clandestine, des rapatriements forcés de pétitionnaires, etc. Nous ne disons pas tout ce que nous connaissons car le bulletin ferait cinquante pages au lieu de dix et surtout nous ne connaissons pas tout. Nombre de militants dans le fond des provinces ne sont protégés ni par leur célébrité, ni par leurs relations et n’ont pas accès aux sources extérieures de diffusion des informations.

Le silence de la société internationale est tout aussi éprouvant. Avec quelle complaisance le personnel politique, les institutions européennes et les hommes d’affaires voient dans toutes ces exactions l’accompagnement acceptable d’un développement accéléré. D’un développement dont ils ne doutent pas : gratte-ciel, autoroutes, cités-fantômes inoccupées, omniprésence des produits chinois sur les marchés mondiaux, ça ne peut pas tromper, n’est-ce pas ? Il faut donc en profiter.
La Chine demande à l’Europe de se comporter en «ami sincère» et de reconnaître en elle une économie de marché. L’amitié avec la Chine, les dirigeants européens n’ont que ce mot à la bouche. Ce que la Chine espère, c’est que sautent les dernières barrières à l’exportation de marchandises et de capitaux vers l’Europe. Pour que les entreprises, dont les marges dépassent tout ce qu’on voit ailleurs puisqu’elles donnent peu à leurs salariés, puissent élargir leur champ d’action ; et pour que les réserves de devises accrues permettent de mieux pénétrer le secteur industriel européen ou de devenir créancier des états.

La politique chinoise a sa cohérence. Le parti se réclame sans cesse d’une société d’harmonie, mais il raye des élections locales les candidatures indépendantes et terrorise les démocrates en faisant tout pour qu’on ignore les sévices carcéraux ; de même sur le plan international, il affirme ne vouloir que la paix alors qu’il accroît fortement son budget de défense, menace de guerre les Taiwanais s’ils allaient vers l’indépendance, envoie de gros navires dans les eaux vietnamiennes ou philippines, soutient affectueusement les régimes syrien et yéménite. Le double langage n’invite pas à «l’amitié sincère» demandée par Beijing. Il n’est pas difficile à déceler. Encore faut-il au moins ressentir un peu de compassion pour les admirables démocrates chinois, ne pas les oublier alors qu’ils sont plongés dans de terribles épreuves. Encore faut-il OUVRIR GRAND LES YEUX.

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