ELECTIONS LOCALES DANS LES QUARTIERS ET DISTRICTS

Cet automne et particulièrement ce mois de novembre, ce fut en Chine le temps des élections locales. Tout citoyen ayant dix-huit ans révolus « a le droit d’élire et d’être élu » (article 34 de la Constitution). Ces scrutins concernaient beaucoup de monde. Par exemple, à Beijing, le 8 novembre, neuf millions d’électeurs devaient désigner 14.290 élus.

La nouveauté du scrutin, c’est l’apparition d’un mouvement de candidatures indépendantes, mouvement qui a suscité en retour une résistance systématique du pouvoir. Que s’est-il passé au regard des droits de l’homme et de la démocratie ?
Deux remarques préliminaires. D’une part, ces élections locales se limitent à l’échelon modeste du quartier et du district, où se prennent les décisions concernant par exemple la voirie, l’hygiène, le réseau hydraulique, toutes décisions de petit budget et à contenu politique restreint. D’autre part et comme d’habitude, la grande majorité des candidats fut désignée par le pouvoir : la priorité accordée à la « stabilité » interdisait de laisser une place significative aux trublions.
Parmi ces derniers figuraient des étudiants, des journalistes, des avocats, quelques paysans et pétitionnaires (dont certains parmi les disparus du printemps). Ils semblaient plutôt soutenus par la population mais, dans bien des cas, celle-ci ignorait leur candidature car les bureaux électoraux faisaient tout pour la cacher quand ils n’étaient pas parvenus à l’empêcher. C’est que le principe même d’une élection directe, fut-elle sans enjeu réel, entre en conflit avec le système de cooptation par le parti, pratiqué à tous les échelons du pouvoir. On pourrait en effet imaginer que la démocratie progresse en élevant progressivement l’échelon de consultation, du district vers la province, de la province vers le pays tout entier. Donc le pouvoir parle le moins possible du scrutin, se garde d’en souligner l’importance et surtout d’indiquer qu’il y a des candidats indépendants. La consultation ne retient guère l’attention et, selon un sondage effectué à l’occasion, 1% seulement des électeurs connaissaient les opinions des indépendants et pas plus de 3% les avaient rencontrés.
En réalité, il était déjà très difficile de parvenir à se porter candidat. Début septembre, le président de l’Assemblée nationale avait recommandé dans
une circulaire de s’opposer le plus possible au dépôt de candidatures indépendantes. Les bureaux locaux ont obéi : refus d’enregistrement pur et simple,
allégation d’une prétendue nécessité d’habiter dans la circonscription, ou d’y travailler, ou d’obtenir l’autorisation de l’unité de travail ; absence de formulaire d’inscription, effacement non motivé de la liste, etc. C’est ainsi qu’à Beijing, plus de vingt candidats indépendants potentiels n’ont pu se présenter.
Il ne suffisait pas d’être inscrit pour que tout se passe bien. Les autorités pouvaient entraver la campagne de divers moyens : anodins, lorsqu’on refusait de définir la circonscription, si bien que le candidat ne savait où distribuer ses tracts ; plus caractérisés, lorsque les candidats étaient envoyés loin de leur circonscription, ou assignés à résidence, voire détenus. En cours de campagne, ils subissaient d’autres pressions : blocage de l’usage de Weibo (l’équivalent de Twitter), empêchement de rentrer chez soi, arrachage immédiat des affiches, intimidation des familles.
Les candidats indépendants ne pouvaient avoir de bulletins imprimés que s’ils étaient acceptés par les autorités de district. Faute de quoi, il fallait qu’un nombre suffisant d’électeurs apposât directement une signature sous le nom du candidat. Quant au déroulement du scrutin proprement dit, les fonctionnaires préposés aux bureaux de vote ont l’habitude de « conseiller » les électeurs. Selon une enquête diffusée sur Weibo, 14% seulement des électeurs ont dit n’avoir pas reçu de consignes de vote de la part des officiels. Enfin, lors du dépouillement, il est arrivé que les membres du parti emportent l’urne hors de la vue des éventuels observateurs pour compter tout seuls les bulletins.
Toutes ces manoeuvres et manipulations se fondaient sur la priorité absolue accordée désormais à la stabilité, priorité sur la loi et la Constitution, priorité sur la démocratie. Les idées directrices du parti se reflètent pleinement dans les commentaires de la presse officielle sur ce qui se passe au Proche-Orient : il s’agit de savoir comment on réagirait si par malheur la situation évoluait comme en Syrie ou en Égypte. Ce 24 novembre, le Global Times déclarait : « La démocratie est une bonne chose mais est-ce encore vrai lorsque les dernières protestations de rue en Égypte ont coûté plusieurs douzaines de vie ? ». Ainsi quand, de nouveau, l’armée tire à balle réelle au Caire, la faute en incombe aux démocrates qui manifestent devant elle les bras nus. Un peu comme en 1989, quand l’armée, obéissant aux ordres d’un Deng Xiaoping apeuré, tirait sur les étudiants, la faute en incombait aux victimes, grévistes de la faim. De 1989 à 2011, de la place Tiananmen à la place Tahrir, le raisonnement n’a pas changé. Pas une inflexion, pas un mot de regret en vingt-deux ans. Parlant de l’Égypte, les autorités chinoises suggèrent ce qu’elles pourraient encore faire chez elles. Alors, partant de là, les élections locales…

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