LES ELECTIONS TAIWANAISES, L’ENVIE DE DEMOCRATIE ET LES TENSIONS EN MER

Les scrutins présidentiel et législatifs taiwanais du 14 janvier ont modifié le paysage politique dans la Mer de Chine orientale. Le nouveau gouvernement et le parlement devaient se mettre en place le 1 février. Beijing, qui accordait beaucoup d’importance au scrutin, est plutôt satisfait de la réélection de Ma Yingjiu – ouvertement son candidat – puisqu’elle garantit pour un temps encore que Taiwan restera chinois. Selon l’accord de 1992, Guomindang et Communistes sont en effet d’accord pour reconnaître l’existence d’une seule Chine, chacune des parties espérant que l’autre changera de couleur politique et rejoindra la sienne.

La Chine du continent voit aussi dans la réélection de Ma Yingjiu le résultat de son expansion économique. « Sans la croissance de ces dernières années, le résultat du vote eût été différent » (Huangqiu, 16 janvier). Mais cette satisfaction s’accompagne forcément d’interrogations. La Chine de Taiwan s’est montrée aux yeux de tous les continentaux comme mûre pour le multipartisme et la démocratie élective. D’autre part, le Guomindang n’a recueilli que 51,6% des voix alors qu’il en avait eu plus de 58% en 2008. Plus souple qu’auparavant, l’opposition renouvelée – et hostile à un rapprochement avec le continent – a obtenu six millions de voix (contre 6,8 au parti au pouvoir) et treize sièges supplémentaires. Ce qui montre la persistance de réserves fortes envers le régime continental et envers l’intensification des relations économiques. Le commerce entre les deux territoires a crû de 36% en 2010. Les investissements de Taïwan sur le continent ont augmenté de 60% en 2011. Parmi les quinze plus gros exportateurs à partir de la Chine populaire, sept seraient des entreprises taiwanaises. 40% des exportations de l’île sont destinées à la R.P.C. . Mais les milieux d’affaires ont des stratégies flexibles et ils peuvent se relocaliser vers d’autres zones à bas salaires d’Asie. Les insulaires peuvent en outre s’inquiéter du millier de fusées pointées vers leur territoire et de la croissance exponentielle des dépenses militaires continentales. C’est pourquoi Taipeh continue et continuera de se fournir en armes auprès des États-unis. Ce qui contredit incontestablement le dessein des continentaux, qui cherchent à parvenir à la signature d’un traité de paix, puis à entamer des négociations sur la réunification.

La tenue d’élections démocratiques à Taiwan a donné lieu à beaucoup de discussions sur l’Internet. Pourquoi ne pas faire de même sur le continent ? Le Global Times admet bien le 17 janvier que la question puisse se poser mais il apporte une réponse indigente. « Les systèmes mis en place dans les pays modernes ne conviennent pas exactement aux pays gigantesques comme la Chine. La Chine est trop grande en taille et en population ». Est-ce parce que la Russie est trop grande qu’on y bourre les urnes ? Le Canada, le Brésil et les États-Unis, – tous de dimensions comparables à la Chine – s’en sortent bien, pour leur part. Quant à Hongkong, pourtant minuscule appendice de la Chine méridionale, Beijing trouve que là encore, le suffrage universel n’est pas opportun ? Est-ce cette fois parce que le territoire est trop petit ?

Les pratiques démocratiques de Taiwan attirent la population du continent. Les échanges le prouvent : étudiants, touristes, fonctionnaires, universitaires, athlètes se rendent volontiers dans l’île. La liberté des élections fait réfléchir aussi à la question de Hongkong, qui va choisir son exécutif cette année par un mode de scrutin discutable et où l’on soupçonne les candidats favoris d’être des membres sans carte du parti communiste. Cette élection arrangée contribue à nourrir la méfiance des Taiwanais à l’égard d’un accord politique avec le continent, et ce d’autant plus que les tendances ne sont guère à l’apaisement des tensions dans la région.

Le litige reste vif qui oppose la Chine aux pays riverains de la Mer du Sud. Le 8 janvier, les Philippines ont fermement protesté contre les incursions chinoises sur leur territoire maritime, comme elles l’avaient déjà fait les 11 et 12 décembre. Pour ne pas se trouver seuls devant la puissance chinoise, les pays plus petits souhaitent faire front commun et trouver des appuis extérieurs, notamment auprès des États-unis. D’où la constitution, à côté du Forum de Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), du Transpacific Strategic Economic Partnership Agreement (T.P.P.), marché commun dans lequel la venue de la Chine ne semble pas particulièrement souhaitée alors que Taiwan a déjà affirmé sa volonté de présence. Beijing est cependant parvenu à enfoncer un coin dans la logique du T.P.P. en signant un accord de libre échange avec la Corée du sud, au grand déplaisir des États-Unis. La montée en puissance de la Chine et ses ambitions s’expriment de plus en plus clairement dans le domaine de la politique extérieure. En cette année de changement de dirigeants politiques, la voix des faucons chinois se fait distinctement entendre sans qu’on puisse dire son importance réelle dans l’ensemble de l’opinion officielle. Quelques exemples : « La paix et la stabilité du monde doivent reposer sur la domination d’une civilisation forte et il incombe à la Chine d’assumer avec courage cette mission historique…Combler le vide du pouvoir pour établir la position dominante de la Chine parmi les nations de l’Association des pays de l’Asie du Sud-Est doit être la priorité de la stratégie diplomatique de la Chine dans les prochaines années » (Huangqiu, 27 décembre). Mieux encore : « La supériorité militaire américaine, c’est du bluff…La Chine ne doit pas être intimidée par ces discours sur le maintien d’une prétendue supériorité militaire…elle ne doit pas être aveuglée par les États-unis dont la sacoche est totalement vide. Les États-unis sont déjà un faux richard accablé de dettes et il ne vient en Asie orientale que pour y manger gratuitement » (La voix de la Chine, 6 janvier).

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