ECLATANTE SUPÉRIORITÉ DE LA DÉMOCRATIE CHINOISE

Rien n’est si gênant dans la vie que l’incertitude, surtout quand il s’agit des grandes affaires du pays. Voyez chez nous : qui sera notre chef d’État dans quelques semaines ? Nous n’en savons trop rien et c’est agaçant.Voyez en Chine : tout le monde est fixé depuis octobre 2010 quand Xi Jinping, vice-président de la République depuis trente mois, est devenu vice-président de la Commission militaire du Parti. Il deviendra normalement chef d’État en mars 2013 après avoir pris la tête du Parti communiste.
Cette opération est peu coûteuse : les neuf membres permanents du bureau politique choisissent l’autorité suprême pour prendre la tête d’un cinquième de la planète. Elle est bénéfique : pas encore officiellement désigné, Xi Jinping a reçu tous les honneurs lors de sa récente visite aux États-Unis. Voyez chez nous le pauvre candidat Hollande, boudé par les officiels aussi bien à Berlin qu’à Beijing. Une désignation irrévocable prise deux ans plus tôt aurait évité ces errements.
Hélas, nous nous décidons pour quoi et pour qui au dernier moment seulement, au risque de nous inquiéter par la suite : avons-nous choisi le meilleur et tiendra-t-il ses promesses ? Alors que le régime chinois démontre aisément sa légitimité à ses citoyens : «Si vous n’avez qu’un seul parti depuis soixante ans, c’est bien la preuve qu’il vous satisfait».
Dans le même esprit, Beijing se gausse des commentateurs occidentaux qui décèlent dans l’élection prévisible de Poutine certains aspects anormaux de la vie politique russe. Le Global Times demande le 6 mars que l’opinion chinoise refuse cette attitude critique de l’Occident ; il se félicite du résultat : «L’écrasante victoire de Poutine a, dans une large mesure, stabilisé la Chine vers le Nord et son environnement stratégique mondial. C’est essentiel en raison de la place croissante de nos relations avec les États-Unis». L’alliance avec la Russie, une démocratie autrement plus stable que les régimes de la vieille Europe, se resserre et en avril-mai, les deux pays mèneront des manœuvres en commun, avec pour objectif de «sauvegarder la paix et la stabilité dans la région Asie-Pacifique et dans le monde dans son ensemble».
La démocratie chinoise montre aussi sa force en politique extérieure. Sans doute «soutenue par tout un peuple», elle a pu désapprouver toutes les insurrections de Méditerranée comme résultant de subversions européo-américaines. Avec la même indépendance d’esprit, elle continue dans l’affaire syrienne, unissant à l’O.N.U. son veto à celui de la Russie pour dénoncer les immixtions d’une poignée de pays riches qui se drapent dans les droits de l’homme afin de satisfaire leurs visées impérialistes. Sans dire qu’elle avait aussi contre elle au Conseil de sécurité le Pakistan, l’Azerbaïdjan, la Colombie, le Guatemala, le Maroc, le Togo, l’Inde et l’Afrique du Sud ; et contre elle, à l’Assemblée générale, la majorité des pays membres.
En réalité, l’année 2011 fut l’une des plus maladroites de la diplomatie chinoise, le pays se rangeant toujours derrière le pouvoir en place puis se ralliant en dernier aux nouvelles forces, après même la Russie. Mais sa rigidité intrépide est présentée dans la presse comme la garantie de succès futurs. On songe à ah Q, personnage de l’écrivain Lu Xun, qui, à chaque défaite, se réjouissait d’une victoire…
Les grands succès internationaux ont eu leurs répercussions internes. En 2011, une répression intense se déploya contre le mouvement dit de la «Révolution de Jasmin». Il s’agissait de maintenir la stabilité et l’harmonie, par les procédés efficaces de la détention, de la disparition forcée (un enlèvement), de l’incarcération des pétitionnaires dans les prisons clandestines. Notre bulletin a suivi le sort d’une cinquantaine d’entre eux mais le nombre total des victimes est au moins du quadruple. Les militants des droits civiques font donc beaucoup moins de bruit aujourd’hui et une heureuse harmonie règne parmi les bouches cousues.
Avec beaucoup de dextérité aussi, la démocratie chinoise a su garder la main dans la péripétie la plus saugrenue qu’ait connue le parti depuis la fuite précipitée vers l’Union soviétique en 1971 de Lin Biao, successeur désigné de Mao Zedong. Les autorités ont remplacé, le 15 mars, la direction du P.C.C. Chongqing, la plus grande ville du pays, après un rocambolesque épisode où le vice-maire de la ville a couru, pour échapper à on ne sait quelle menace, chercher refuge au Consulat américain de Chengdu. S’y ajoute maintenant la sombre histoire d’un homme d’affaires britannique lié à la direction de Chongqing et retrouvé mort en novembre dernier dans des conditions suspectes. Le dirigeant demandeur d’asile a informé le côté américain et le Wall Street Journal du 25 mars insinue qu’il a rapporté les agissements criminels de la précédente direction du parti de Chongqing. Mais si les rumeurs agitent les réseaux de l’Internet, la presse sait sauver la face et rester discrète : elle mentionne le changement de direction en quelques lignes, pas plus que s’il s’agissait d’annoncer la visite du ministre du commerce de Papouasie.
Une autre grande réussite est survenue le 25 mars à Hongkong. Mille deux cents grands électeurs, en majorité choisis par Beijing, ont voté en toute liberté pour le candidat que préférait Beijing et qui, selon toute vraisemblance, est un sous-marin du parti communiste. Ainsi se prépare avant l’heure et sans le passage par un suffrage universel gênant, l’intégration progressive de Hongkong dans l’immense province du Guangdong et le renoncement aux promesses inutiles faites il y a quinze ans de laisser pendant un demi siècle les gens de Hongkong gérer eux-mêmes les affaires de Hongkong.
Enfin le premier avril, alors qu’une junte birmane affaiblie abandonnait à son Prix Nobel de la Paix Suu Kyi le bénéfice d’une victoire électorale, la Chine démontrait qu’elle pouvait sans crainte continuer de traiter comme un criminel Liu Xiaobo, son propre Prix Nobel de la Paix.
Un quotidien de Beijing s’extasiait récemment : «La démocratie de style chinois illumine l’avenir de la Chine». C’est vrai ; et elle vole même de succès en succès.

©LDH – Bulletin n°65 – mars 2012

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