LA CHINE EN SÉRIE

L’actualité en Chine de ces dernières semaines ressemble plus à un feuilleton télévisé américain qu’à ce à quoi nous sommes habitués : déclarations officielles guindées et plus ou moins opaques d’un côté, mouvements de protestation désespérés chez les laissés pour compte de la croissance ou les victimes de la répression, de l’autre. Mais cette fois-ci, les événements sont inédits et il a fallu improviser de tous côtés.

D’abord, nous avons vu Wang Lijun, l’un des plus puissants policiers du pays, au service du non moins puissant Bo Xilai, gouverneur de la municipalité autonome de Chongqing, prétendant aux plus hautes fonctions lors du prochain Congrès du parti communiste chinois, se réfugier auprès du Consulat américain de Chengdu, et en sortir vingt-quatre heures plus tard. Cette démarche lui a probablement sauvé la vie, car on a appris entretemps que le couple Bo Xilai- Gu Kailai s’est retrouvé empêtré dans une histoire de meurtre, de corruption, de trahison peut-être, et que leur carrière politique à tous deux est définitivement compromise. Il semblerait que Wang Lijun craignait de connaître le même sort qu’un Britannique, ami de Mme Gu Kailai et assassiné l’hiver dernier dans des conditions non élucidées.

La semaine dernière, c’est un avocat aveugle et blessé, Chen Guangcheng, qui a trouvé refuge dans l’ambassade des Etats-Unis et y est resté pendant six jours fiévreux durant lesquels diplomates américains et fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères chinois ont tenté de trouver une sortie de crise avant l’arrivée de Hillary Clinton à Pékin, où elle se trouve actuellement. A nouveau, l’issue de cette aventure est que Chen Guangcheng et sa famille, qui ont été les victimes de traitements barbares aux mains de vigiles soudoyés par les autorités locales, pourront enfin mener une vie normale.

Le point commun entre ces deux incidents éclaire un aspect de la vie en Chine qui est trop souvent méconnu en Occident : il n’est pas un citoyen chinois qui soit à l’abri de la violence extra-judiciaire de son propre gouvernement. Dans les deux cas, le policier tout-puissant et l’avocat aveugle et persécuté, la solution à tous les maux, le havre de protection ont été les résidences des diplomates américains.

Ce qui serait apparu comme presque naturel du temps de la guerre froide, et se serait sans doute résolu par deux exfiltrations discrètes hors de Chine, s’est transformé en un casse-tête diplomatique pour les Etats-Unis : comment faire pour garder un « équilibre approprié » (Obama, 30 avril 2012) entre la défense des victimes de violations des droits de l’homme et le désir de garder de bonnes relations avec la Chine ?  Après une assez pénible période de cafouillages, il semblerait que Chen Guangcheng soit autorisé à se rendre aux Etats-Unis pour y poursuivre des études, en compagnie de sa femme et ses deux enfants.

Est-ce le moment de critiquer les Etats-Unis pour quelques hésitations et maladresses ? Sans doute pas. Le message envoyé par les réfugiés de la dictature chinoise est clair : seule la plus puissante démocratie du monde peut encore peser quelque peu pour freiner les exactions de la plus puissante dictature du monde à l’égard de son propre peuple. A quand un réfugié chinois dans l’ambassade de France ? A quand une marque de confiance dans nos institutions avides de liberté et de démocratie ? N’est-ce-pas ?

Marie Holzman

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