LA DENONCIATION OSTENSIBLE DU « CANCER SOCIAL »

Depuis l’arrivée au secrétariat général du parti de Xi Jinping et le large renouvellement de l’équipe dirigeante officialisée par le XVIII° congrès du Parti, on relève deux points nouveaux sur le plan intérieur : la recherche d’un peu plus de simplicité dans le train de l’État ; l’accent mis sur la lutte contre la corruption. L’appel sur ce dernier thème, lancé chaque année, l’est cette fois-ci avec une particulière insistance : «il faut frapper aussi bien les gros tigres que les petites mouches» (Xi Jinping, 22 janvier). Comme si le régime prenait conscience du discrédit dont il souffre. Il ne suffit cependant pas de déceler le mal et d’affirmer la nécessité de le combattre pour obtenir un succès : les États-Unis détiennent à la fois le plus grand nombre d’obèses et le plus grand nombre d’adhérents de Weight Watchers désireux de perdre du poids. Si nombre de cadres du parti chinois y ont pris des responsabilités dans l’espérance de pouvoir s’y enrichir «par la porte de derrière», alors la lutte contre la corruption pourrait mener à une autodestruction de l’appareil. Déjà de nombreux cadres aux fortunes d’origine incertaine, redoutant des enquêtes ou plus simplement recherchant la sécurité, préfèrent partir pour l’étranger ; ils furent 150.000 à s’exiler en 2012.

Quelques autres indices de changement, un moment évoqués dans la presse, ont été vite oubliés : par exemple l’ouverture annoncée de débats sur les camps de rééducation, sur les certificats d’enregistrement, sur les démarches pétitionnaires et sur le fonctionnement de l’appareil judiciaire. De toutes façons, le débat n’est autorisé qu’à l’intérieur du parti et une seule ligne y est possible : l’adhésion au «socialisme à caractéristiques chinoises». On ne repère aucun indice d’ouverture à l’extérieur du P.C.C., ne serait-ce que l’arrêt des mesures arbitraires telles que les arrestations de pétitionnaires et les assignations à résidence – parfois dramatiques comme celle de Liu Xia, l’épouse de Liu Xiaobo, emprisonnée à vie à son domicile pour qu’elle y perde la raison.
Hors du parti cependant, la vivacité des conflits relatifs à la liberté de la presse montre que l’opinion publique se lasse de plus en plus de la contrainte et de la censure et qu’elle ose plus qu’auparavant défier les pouvoirs locaux. Le parti, lui, s’en tient au négationnisme de routine : «Il n’y a aucune censure des médias en Chine» a répété la porte-parole des Affaires étrangères (5 janvier).

Sur le plan des relations internationales, la tension diplomatico-militaire s’accroît au fil des mois, en approchant des points de non-retour. Outre une bataille des cartes où chaque pays délimite son territoire et édite sa propre version, les positions se figent : la ville d’Ishigaki dans la préfecture d’Okinawa, célébrait le 14 janvier le centenaire du rattachement au Japon de l’archipel des Senkaku-Diaoyutai ; les Philippines décidaient de saisir un tribunal international pour décider del’appartenance d’un îlot puis envoyait des soldats sur les territoires contestés ; la Chine se félicitait le 29 janvier d’avoir réussi un test d’interception pour des fusées de moyenne portée (Taiwan, Corée, Japon) tout en poursuivant ses démonstrations de force avec l’accent mis à présent sur la haute mer, à l’Est et au Sud. Le 17 janvier, le site des Forces navales fait état d’exercices «récents» en mer de Chine orientale, avec le lancement de fusées air-air à grande distance des côtes. Le 8 janvier, un autre exercice s’était déroulé en mer de Chine méridionale avec des bombardiers supposés atteindre des objectifs situés à mille kilomètres plus au sud. Enfin Taiwan se sent concerné à son tour, envoie des bâtiments patrouilleurs sur les Diaoyutai et cherche à se mieux armer car un affrontement sino-japonais amènerait dans son voisinage un déploiement de forces périlleux pour sa propre sécurité.

La routine des petites provocations continue : les bateaux de surveillance patrouillent dans les eaux territoriales du Japon aux alentours des Diaoyu (26-21-19 janvier). De même en mer du Sud, près des Xisha, contestées par le Vietnam (19 janvier), afin de «garantir les droits maritimes et les intérêts nationaux». Le 20 janvier, l’armée annonce un programme de formation à des missions de combat destiné aux hélicoptères. Dans les écoles primaires et secondaires vont être introduits des enseignements relatifs à la défense nationale et portant plus particulièrement sur les droits et les intérêts maritimes. Seront plus particulièrement concernées les zones côtières et celles qu’habitent des minorités nationales. La télévision, à son tour, cherche à se gagner l’opinion publique comme dans ce débat entre experts destiné à ridiculiser les manoeuvres de la marine japonaise aux alentours des îlots contestés, les forces chinoises n’en faisant à coup sûr qu’une bouchée (CCTV4 Focus Today, 13 janvier).
Au fil des déclarations et des éditoriaux, l’on voit se dessiner un nouveau volet de la politique étrangère chinoise, celui de l’intervention extérieure : «Les intentions véritables de la France au Mali, c’est de contrôler les riches dépôts d’or et les réserves pétrolières du Nord.…Le Conseil de sécurité sera vraisemblablement d’accord pour l’envoi d’une force de maintien de la paix après la guerre ; nous devrions répondre positivement et envoyer des troupes pour participer à ces opérations de maintien de la paix». (Deux chercheurs de l’Institut de l’armée pour les affaires navales, 21 janvier) D’autres signes apparaissent de cette volonté d’extériorisation et de reconnaissance par les capitales étrangères : s’agissant des États-Unis, Obama, affirme Beijing, pourrait rester à la postérité s’il évitait de s’opposer aux puissances montantes et accroissait sa confiance dans la Chine (En substance Global Times, 20 janvier et Xinhua, 22 janvier) ; «le Pacifique est suffisamment grand et il y a place à la fois pour les États-Unis et pour la Chine» (22 janvier, Zhang Jianguang, Université océanique du Guangdong). Les affaires de la mer du Sud font obstacle aux bonnes relations des deux pays et Obama devrait donc mettre un terme à son soutien des autres pays riverains.

Après avoir dénoncé, il y a près d’un demi siècle, l’hégémonie des deux superpuissances, la Chine demande avec insistance aux États-Unis de lui accorder ce statut, de nouer ave elle des relations de partenariat et surtout de s’abstenir de freiner son expansion. Ces remarques se présentent comme de sages et sincères conseils, paternellement distribués au président américain ; mais on peut aussi y déceler comme l’expression quelque peu naïve d’une ambition caractéristique de toute puissance montante : elle ne sent plus ses limites ou ne veut pas les voir et croit que le reste du monde industriel, frappé de maladie incurable et affaibli par la démocratie, devra bientôt lui céder la place. La Russie de Krouchtchev partageait la même certitude, il y a un demi-siècle.

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