DES VIOLATIONS CONTINUES DES DROITS DE L’HOMME ? SANS DOUTE, ET ALORS ?

Non, rien n’a changé dans le comportement quotidien du Parti. Depuis le XVIII° congrès, la nouvelle équipe n’a pas esquissé un geste vers plus d’humanité. Le bilan de juin suffit à s’en convaincre. La Justice s’acharne sur la famille du Prix Nobel Liu Xiaobo, en violation de la Constitution ; la police emprisonne ceux qui requièrent communication des fortunes des dirigeants (quatre-vingt-trois milliardaires en dollars dans les assemblées, – voir l’éditorial  d’avril) ; elle incarcère ceux qui dénoncent les traitements cruels pratiqués dans les camps de rééducation et ceux-ci restent ouverts malgré les rumeurs contraires ; les avocats qui osent traiter des dossiers sensibles perdent leur licence professionnelle ; il n’y a toujours eu aucun massacre en 1989, au cœur même de la capitale ; enfin rien n’est fait pour empêcher les brutalités commises quotidiennement contre les pétitionnaires ou les détenus, bien que les visages tuméfiés et les côtes fracturées soient aisément repérables.

Tout ceci relève des affaires intérieures de la Chine et ne préoccupent pas les Occidentaux. Comme si la manière de traiter son propre peuple ne se retrouvait pas dans la conduite des affaires internationales.

Le mépris de l’étranger tend à devenir la tonalité dominante, depuis deux ans que les chiffres du produit intérieur brut chinois ont égalé et dépassé ceux du Japon, (voisin, faut-il le rappeler, dix fois moins peuplé, donc à la population dix fois plus riche). Ce mépris croissant tourne désormais à l’insolence, voire à la vulgarité.  Par exemple envers le Japon : « Le Japon a peu à peu glissé vers une position de faiblesse, face à la Chine, en termes de puissance comme de force mentale. Nous n’avons ni à nous battre jusqu’au bout et sans fin avec une nation ménopausée (sic), ni à nous blâmer pour nous être querellés avec elle » (Huangqiu, 30 mai). D’ailleurs, » si ce n’est chaparder quelques petits profits de sa concurrence avec la Chine, le Japon n’a pas les moyens de faire prévaloir son influence sur celle de la Chine en Asie » (Global Times, 30 mai).

La presse chinoise fait les gorges chaudes des écoutes et surveillances informatiques américaines. Surveiller l’Internet, quel scandale ! Ne pas respecter l’univers privé des citoyens, quelle horreur ! Ce cafouillage des services secrets, exposé en pleine lumière, n’est-il pas la preuve que l’Occident, en pleine décadence, doit laisser la place : « le soleil descend derrière les montages de l’Ouest ; il ne restera plus longtemps rouge ». Le chef d’État Obama doit garder profil bas au sommet du G8 car « les États-Unis restent sans force devant la montée de la Chine » (Global Times)

Les pratiques américaines sont détestables mais l’on ne se blanchit pas en exposant les taches d’autrui. L’hôpital se moque de la charité. Où se trouvent les listes de mots interdits qui bloquent les ordinateurs, leurs mémoires et celles des citoyens ? Dans quel pays placer un texte sur la toile peut s’appeler « subversion du pouvoir d’État » ? Quel régime compte une centaine d’internautes et de journalistes emprisonnés ? Si l’appareil chinois peut dénoncer les manipulations américaines pour apparaître comme la puissance montante, blanche comme neige, c’est qu’il a préalablement bloqué toute information sur ses propres turpitudes ; le petit peuple les ignore ou n’ose chercher à les connaître.

Dans un deuxième temps et sans crainte de se contredire, la presse du parti a vu dans l’espionnage américain un argument pour justifier le contrôle interne des internautes : « Les internautes doivent mieux comprendre pourquoi la Chine a besoin d’un système de gestion de l’internet » (Huangqiu Shibao, 21 juin). Mais l’espionnage électronique peut aussi viser les voisins : le 17 juin, le ministre indonésien de la Communication et de l’Information faisait état, devant une conférence nationale sur la Sécurité, de trente-neuf millions d’attaques du site ministériel en 2012, dont le plus grand nombre venait de Chine.

À Hongkong, le journal Takungpao suggère le 12 juin que la CIA infiltrée sur le territoire est derrière le mouvement « Occuper le central », élégante manière de discréditer les démocrates de l’ancienne colonie britannique et de favoriser la reprise en main de cette dernière. « Les droits de l’Homme et la sécurité nationale ne peuvent coexister » écrit-il avec franchise. C’est sans doute l’honneur de Hongkong d’offrir refuge à Snowden, dénonciateur d’espionnage américain, dans son affrontement avec la C.I.A.. Mais le P.C.C. y trouve une occasion d’y présenter comme « parti de l’étranger » les démocrates, hostiles à l’entrée dans un régime à parti unique.

L’affaire Snowden conduit Beijing à adopter une attitude paradoxale : Snowden devient un ami et il ne conviendrait pas de l’extrader de Hongkong. Un sondage ad hoc montre que le peuple chinois ne le veut pas non plus. Il faut donc respecter l’opinion locale. Cela est fort bien mais alors pourquoi se référer au peuple par un sondage et lui refuser le suffrage universel, pourquoi crier quand les démocrates de Hongkong disent qu’ils ne se laisseront pas absorber par le pouvoir de Beijing ? Résister à Washington et obéir à Beijing : telle serait la juste voie pour Hongkong.

Soucieux d’intervenir dans les affaires mondiales, le parti s’expose à des contradictions. Le thème du « rêve chinois », accolé à celui de la « renaissance de la nation chinoise » a inquiété l’étranger qui y voyait une volonté de puissance et d’expansion. Pour rassurer les États-Unis, le chef du P.C.C. dont c’est le thème favori, l’a associé au rêve américain et « aux beaux rêves que les peuples peuvent avoir en d’autres pays ». Il n’est pas certain que l’Occident « en déclin » et le Japon « ménopausé » se consolent de cette belle phrase, d’autant qu’un éditorial du Quotidien du peuple assure en même temps que les rêves sont incompatibles, celui des États-Unis étant « de préserver le statu quo et d’en empêcher toute remise en question ».

A l’intérieur comme à l’extérieur, on est en présence de deux logiques et ce ne sont pas simplement celles du capitalisme et du communisme. L’incompatibilité remonte fort loin dans le temps ; qu’on nous permette de citer, sans trop de pédantisme, un vieil auteur :

« Dans une nation libre, il est très souvent indifférent que les particuliers raisonnent bien ou mal ; ils suffit qu’il raisonnent : de là sort la liberté, qui garantit des effets de ces mêmes raisonnements.

« De même dans un gouvernement despotique, il est également pernicieux qu’on raisonne bien ou mal ; il suffit qu’on raisonne pour que le principe du gouvernement soit choqué ». Montesquieu (Esprit des Lois, Livre XIX, chap.XXVII).

LDH@juin 2013

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