UNE VAGUE D’IMMOLATIONS AU TIBET

L’immolation du moine Tsultrim Gyatso, est le résultat d’une campagne de persécution du peuple tibétain.

En réponse à la vague d’immolations commencée en 2009, vague qui s’est intensifiée fin 2011-2012, le gouvernement chinois, depuis 2013, multiplie les pressions sur les familles tibétaines, les monastères, les lieux d’enseignements et procède à des arrestations et des emprisonnements.Toutes les régions sont touchées : le Qinghai (青海), dont le pays Golok (Guoluo, 果洛), Repkong (同仁县) et sa région, le Sichuan et le Tibet (TAR) avec Gartze (Ganzi, 甘孜) et Driru (Biru, 比如), le Gannan (甘南) avec les contrées de Labrang (夏河县) et Luchu (碌曲县). La campagne de rééducation patriotique, commencée à Chamdo (昌都) avant de s’étendre à tous les territoires tibétains, contraint les familles et monastères à hisser le drapeau chinois. Elle a déclenché une série de protestations, suivies de des vagues d’arrestations. Depuis quelques semaines, les interventions de la police chinoise se sont multipliées et atteignent des niveaux de brutalité telles qu’elles conduisent à des morts. Le résultat est contraire au but recherché : les immolations se poursuivent tant le désespoir du peuple tibétain est immense.

Dans le Qinghai, les contrôles de sécurité se sont accrus. Autour du 11 novembre 2013, deux moines et Yangtso, une femme fonctionnaire, ont été arrêtés : ils étaient suspectés d’avoir soutenu le moine Tsering Gyal (123e immolation) du monastère Akyong (阿什琼寺) de Pema (Banma 班玛县), préfecture autonome Golok. Yangtso, du village de Chokru, avait la photo de ce moine sur son mobile ; elle a été battue au point d’être emmenée à l’hôpital ; elle a été renvoyée de son emploi. Le 7 décembre, sept autres moines du monastère Akyong ont été arrêtés et incarcérés pour les mêmes raisons. Toujours dans le Qinghai, préfecture de Yulshul (Yushu,玉树), fin novembre-début décembre 2013, Kartse and Gyurme Tsultrim, deux moines âgés très populaires du monastère de Takna à Nangchen (Nangqian, 囊谦, préfecture de Yulshul) ont été incarcérés. Cela a provoqué des protestations à Yulshul de 400 Tibétains. Malgré les promesses de libération , le premier moine est toujours en détention à Chamdo, le second en un lieu tenu secret . En ce moment même des manifestants laïcs et religieux réclament la libération de l’abbé de leur monastère (玉树州囊谦县贡下寺).

Dans le Sichuan, le 3 décembre dernier, un jeune père s’est immolé à Meruma (阿坝县麦尔玛乡). Fin novembre, à Terlung, comté de Palyul (Baiyu, 白玉) des Tibétains ont réclamé auprès des autorités la restitution des pierres sacrées et précieuses scellées dans le sol de leur monastère de Khanmar que des camonnieurs, mandatés par des officiels du Parti, avaient volées. Leur requête étant laissée sans réponse, ils ont voulu organiser une marche vers Palyul mais plusieurs centaines d’agents des forces paramilitaires ont encerclé le village, l’ont occupé, et y ont arrêté neuf personnes. Déjà, le mois précédent, le moine Kelsang Chodar y avait été arrêté. Près de ce même lieu, le 13 décembre, un jeune moine de retour de vacances dans son monastère de Kartze (甘孜寺), non loin de Ngaba (阿坝), a été percuté et tué par un camion militaire d’une caserne de Kartze. Le chauffeur a pris la fuite, il n’est toujours pas arrêté bien qu’il ait été identifié et que le numéro d’immatriculation du véhicule soit connu grâce à des photos.

Dans le Tibet TAR, à Chaktse, comté de Driru (Biru,比如), village de Deda (比如县恰则乡), un fils de nomade âgé de 16 ans a été arrêté le 26 novembre pour avoir collé des affiches, signées de son nom, déclarant que les Tibétains n’ont aucune liberté. Personne ne sait ce qu’il est advenu de lui. Dans cette région de Driru, préfecture de Nagchu (Naqu, 那曲), plus d’un millier de Tibétains ont été arrêtés et incarcérés après qu’ils ont refusé de hisser le drapeau chinois. Les forces paramilitaires chinoises ont encerclé les monastères de Tarmoe, de Rabten et de Dron, elles ont effectué des perquisitions dans les quartiers des moines afin de s’emparer de leurs téléphones et de leurs ordinateurs. Huit moines du monastère de Rabten ont été emmenés. Geshe Ngawang Jamyang (阿旺嘉央), âgé de 43 ans, un moine âgé du monastère Tarmoe (达尔木寺) à Driru, très populaire et respecté, a été battu à mort lors de son emprisonnement. Sa dépouille a été restituée le 17 décembre à sa famille à Lhasa (monastère de Sera) que les autorités chinoises ont menacé de mort si elle dévoilait les raisons de la mort de leur proche. Ce maître, du village de Totho (比如县茶曲乡多托村), s’était rendu à Lhasa en congé avec deux autres moines, dont Kalsang Choklang, un lama éminent. Avant le jour de leur arrestation à Lhasa, le 23 novembre, les forces de police avaient pénétré par la force dans le village puis la maison familiale pour saisir ses objets personnels, – appareil photo, cassettes, ordinateur – et avaient agi de même dans le monastère Tarmoe et les habitations des moines. Ce Geshe avait suivi ses études monastiques et de physique en Inde. Le comté de Driru est catalogué comme étant politiquement instable, d’où la multiplication des affrontements malgré les nombreux programmes de rééducation politique qui y ont été conduits.

Au Gannan, la partie sud de la région du Gansu (甘南)les nombreuses immolations aux alentours d’Amchok (阿木去乎镇) entre autres à Bola(博拉) s’expliquent non seulement par le projet du pouvoir chinois d’implanter leur 11e Panchen-lama dans les monastères de Labrang, voire celui de Amchok lui-même, mais aussi par la sédentarisation brutale des nomades en vue d’accaparer leurs terres traditionnelles pour construire un aéroport non loin d’un centre d’entraînement de l’armée, ouvrir des mines d’or et faire de Labrang (Xiahe, 夏河县) un grand centre touristique comparable à Lhasa.

Ce ne sont là que quelques exemples relevés parmi les faits connus rapportés par des moyens d’information fiables.

Le 20 décembre 2013

Sources Le Temps (Suisse), 19 juillet 2012, interview de Robert Barnett, tibétologue américain ; Forum de discussion Le Monde 30 mars 2012 par Katia Buffetrille, ethnologue et tibétologue (Ecole Pratique des Hautes Etudes) ; Katia Buffetrille, « Pourquoi les Tibétains s’immolent par le feu ? », Le Nouvel Observateur, 9 mars 2012 ; Tibet-info.net immolations : récapitulatif, actions et réactions ; FreeTibet ; RFA Radio Free AsiaBlog de Tsering Woeser

atatCarte des immolations de Rangzen Alliance (juin 2013)

Carte des immolations de Rangzen Alliance (juin 2013)

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