HONGKONG OU COMMENT TRAVESTIR LE SUFFRAGE UNIVERSEL

Beijing doit résoudre dans les quatre années prochaines un épineux problème : la désignation de l’exécutif de l’ancien territoire britannique. Il y a eu promesse d’élections dans un climat de liberté. Mais le régime de Beijing n’y est pas accoutumé et surtout il lui faut à tout prix éviter que le régime électif mis en place à Hongkong soit réclamé en Chine même. Le débat ne va cesser de s’amplifier dans les prochaines années et nul n’en peut dire l’issue. Mais Beijing développe déjà toute une série d’arguties défensives.

Tout d’abord, Hongkong ne doit pas copier servilement le modèle des pays bourgeois. Que le peuple choisisse ses dirigeants et les remplace est une spécificité occidentale et la Chine n’a pas à la mettre en œuvre. Chaque fois qu’on invoque la démocratie, disent d’ailleurs les autorités, c’est pour imiter l’étranger. Le pays ne doit pas commettre cette erreur. La vérité, c’est que des élections décentralisées dans un cadre pluripartite menaceraient tout de suite la survie du régime ; il n’en est donc pas question.

Les dirigeants n’ont jamais affronté le suffrage universel ; ils en savent tous les dangers car ils doivent toutes leurs promotions à des décisions de petit comité. Ils sont persuadés au fond d’eux-mêmes qu’il leur revient, et à eux seuls, de choisir pour Hongkong. Mais il faut habiller l’opération d’une apparence de liberté.

L’on n’obtient aucune réponse officielle, sinon un sourire gêné, à une interrogation sur le suffrage universel qui devrait « normalement » prévaloir à Hongkong en 2017. Beijing dit s’en tenir à la Loi fondamentale, qui est une sorte de Constitution pour le territoire. Mais il ne manque pas de ressources pour écarter l’idée d’un scrutin réellement ouvert.

Le premier argument, assez simple, c’est que Hongkong faisant partie de la Chine, il ne peut entrer en conflit avec le gouvernement central. Sous-entendu : une candidature conflictuelle n’a pas de raison d’être et Beijing pourrait être amené à se prononcer sur la légitimité des candidatures déposées à Hongkong. Le régime des candidatures officielles, nous l’avons connu en France, mais c’était avant la troisième république.

Tout récemment est apparue une petite merveille de sophisme juridique. L’auteur en est Li Fei, la plus haute autorité légale et président du Comité de la Loi fondamentale de Hongkong. Selon son analyse du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le droit d’être élu est une chose, le droit d’être nommé en est une autre. Selon l’article 25, « Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées à l’article 2 et sans restrictions déraisonnables :a) (…) b) de voter et d’être élu « au suffrage universel et égal et au scrutin secret ». Le texte, signé par la Chine, – mais non ratifié -, semble imparable. Mais s’emparant de la remarque sur les « restrictions déraisonnables », Li Fei affirme que les États se donnent le droit à des restrictions raisonnables par exemple lorsqu’ils refusent à tel parti belliciste ou raciste de participer aux élections. Par conséquent, le pouvoir central a le droit de poser des restrictions au droit de voter et d’être élu, en intervenant à la phase des nominations pour retenir seulement ses amis.

Cette calembredaine, destinée à nier le suffrage universel tout en affirmant qu’on le respecte, n’est pas qu’une farce. Les citoyens de Hongkong peuvent s’en offusquer ou être pris d’angoisse dans l’ignorance de ce que sera dans quatre ans leur statut.

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