VOUS POUVEZ VOTER MAIS NOUS CHOISISSONS LES CANDIDATS.

La crise politique ne cesse de s’aggraver à Hongkong : une semaine de grève universitaire commencée le 22 septembre suivie d’une manifestation interdite, une demande d’entrevue ignorée avec le chef de l’exécutif, l’escalade des barrières protégeant les bâtiments administratifs et des dizaines d’arrestations, puis le 28 septembre, l’usage intensif des gaz lacrymogènes par la police anti-émeute avec le lendemain, l’occupation et la paralysie anticipées du quartier des affaires promises initialement pour le 1er octobre, – un camouflet pour la fête nationale chinoise.

C’est que les menaces sur Hongkong se précisent : les discours officiels ne contiennent plus la phrase rituelle sur « l’administration de Hongkong par les gens de Hongkong » ; pas de référence non plus à ce « haut niveau d’autonomie » assuré autrefois pour 50 ans et qui devait rassurer les habitants du territoire. Fin août à Beijing, l’Assemblée nationale donne son point de vue et veut l’imposer : les autorités expliquent d’abord qu’en cas de troubles dans l’ancienne colonie britannique, les forces de l’ordre ont les moyens de reprendre en main la situation ; puis des spécialistes de la « Loi fondamentale » laissent entendre que Beijing reprendrait le pouvoir direct si la protestation prenait de l’ampleur (Zhang Dinghuai, directeur adjoint du Centre de Shenzhen pour la Loi fondamentale, South China Morning Post – 11/09). Sur le fond pour Beijing, le suffrage universel de Hongkong n’a pas à se plier à la norme internationale où chacun vote et a le droit aussi de se porter candidat. Cette restriction s’applique d’ailleurs aux élections locales du régime central : le régime filtre, bloque, gêne de mille manières les candidats libres. Selon le livre blanc, les candidats de Hongkong seront deux ou trois seulement et ils devront avoir obtenu la majorité des voix d’un comité désigné de désignation de 1.200 personnes.

Le mouvement de désobéissance Occupation du quartier d’affaires (Occupy Central) qui se prépare pour le 1er octobre, diffusait le 24 septembre un manuel de désobéissance expliquant les modalités de la manifestation et les précautions à prendre face à la police. Ce blocage du quartier des affaires a pour objet de pousser les membres du Conseil législatif à rejeter le projet du gouvernement central pour l’élection du chef de l’exécutif en 2017. Le 12 septembre, un groupe d’étude catholique mené par le cardinal Zen Ze-kiun avait demandé aux législateurs de faire de même car ces propositions vidaient de tout sens le suffrage universel et il s’agissait d’une question de « dignité ». Le 15 septembre, 520 universitaires affirmaient dans une déclaration leur volonté de lutter pour une démocratie authentique et apportaient leur soutien à la prochaine grève des cours.

Ce mouvement de fond divise la population du territoire. Plusieurs accrochages accompagnés de violences ont déjà opposé les protestataires et les éléments favorables à Beijing. Les autorités, qui cherchent à restreindre l’ampleur des manifestations, ont rejeté la demande de manifestation dans le quartier des affaires le 1er octobre, au motif que l’emplacement était réservé pour la célébration de la fête nationale. Certains craignent le pire, qui n’est pas exclu : dans une lettre ouverte au chef d’État publiée dans le New York Times et le Wall Street Journal, des financiers du camp démocrate demandent à Xi Jinping de ne pas traiter le mouvement de protestation comme le fut celui de 1989 à Beijing, par le recours à une répression sanglante. Relayant cette démarche, 170.000 pétitionnaire des États-Unis demandent au chef de la Maison blanche d’avertir le pouvoir chinois des « sévères conséquences » qu’entrainerait une suppression militaire du mouvement démocratique.

La population s’inquiète car elle craint que Beijing sous-estime la force du mouvement démocratique. Elle s’est émue le 28 août au passage de véhicules blindés dans les rues animées de l’agglomération, quelques jours avant que Beijing annonce sa conception du suffrage universel borné. En effet, aux termes de la Loi fondamentale, l’armée ne peut servir qu’à la Défense nationale ; elle ne doit pas servir à intimider comme en 1989 à Beijing ou à réprimer de prétendus « ennemis de l’intérieur » ou « éléments antichinois ».

Le bureau de l’Assemblée nationale chinoise fait obligation aux citoyens de Hongkong de voter pour des candidats « patriotes » et qui « aiment la Chine », autrement dit, qui soutiennent le parti communiste. Mais cet appel au patriotisme semble bien peu convaincant au moment où un sondage – du South China Morning Post publié le 15 septembre à Hongkong – révèle que 48% des Chinois les plus riches (ceux qui possèdent plus d’un million et demi de dollars) ont envie de quitter le pays dans les cinq ans, notamment pour assurer une meilleure éducation et un meilleur avenir professionnel à leurs enfants.

La question de Hongkong va marquer les prochaines décennies et il est difficile d’en deviner l’issue. D’un côté, on voit mal une régression du pluripartisme et d’un régime de libertés fondé sur l’état de droit vers un système monocolore : monopole du parti communiste, censure de la presse, syndicat unique et répression des voix dissidentes. Mais de l’autre, le pouvoir central a parfaitement raison : une liberté de scrutin accordée à Hongkong saperait l’autorité du Parti, nierait la légitimité d’un régime fondé sur le refus d’un suffrage universel et conduirait probablement à l’effondrement du système. Le Comité permanent de l’Assemblée invoque l’impératif de la Sécurité nationale mais son souci réel et non exprimé, c’est la pérennité du Parti, la stabilité de son pouvoir et le refus de toute subversion démocratique.

À ce déni de démocratie on se demande, une fois de plus, ce que sera la réponse européenne. Le parlement britannique va débattre du sort réservé à l’accord de 1984 qui organisait le retour du territoire à la Chine populaire, non sans précautions mais sans les précisions qui semblaient alors aller sans dire. L’Union européenne occupée par l’Ukraine, la Syrie, l’Irak et la résistance aux djihadistes a toutes raisons d’ignorer l’affaire et d’oublier ses principes : certes, sept millions d’habitants menacés de transition vers le parti unique, après tout, c’est plus que les pays Baltes qu’on veut protéger de leur encombrant voisin russe ; mais ils sont si éloignés et il est tellement plus confortable de garder les yeux fermés.

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