FIL D’ACTUALITES Expression & Information (1er trimestre 2015)

* Le groupe Greatfire.org qui aide les cybernautes à éviter les blocages dus à la censure, souffre depuis le 18 mars d’attaques informatiques : elles gênent les sites miroirs liés mis en place avec des firmes comme Amazon qui permettent la connexion à des sites opposés au régime et défenseur des droits civiques comme Boxun, ou à la Deutsche Welle ou encore à Google. L’ambassade chinoise de Washington a rejeté toute immixtion car; «comme nous l’avons toujours dit, la loi chinoise interdit le cyber-crime sous toutes ses formes». (Associated Press, 20/03/2015)

* Le Club de la presse étrangère de Beijing fait état des pressions exercées par l’administration chinoise lors de l’octroi des visas et documents d’accréditation professionnelle, envers les journalistes auteurs de dépêches ou de reportages qui
déplaisent. La durée de dépôt des passeports pour l’obtention des formalités permet aussi d’empêcher le déplacement des intéressés en province ou à l’étranger. (F.C.C.C,
2/03/2015)

* Le lendemain de la diffusion du documentaire sur la pollution Sous la voûte, le Bureau de l’internet de Beijing en a interdit la promotion, puis a demandé de rendre le documentaire inaccessible. (I.F.J., 10/03/2015)

* Condamnation de l’écrivain Tie Lu (82 ans) à deux ans et demi d’incarcération et à 30.000 yuans d’amende pour «activités commerciales illégales». La peine de prison a été assortie d’un sursis de 4 ans. Tie Lu avait passé 20 ans en camp de rééducation lors de la campagne de 1957 de lutte contre «les contrerévolutionnaires». Il avait été réhabilité en 1980. (Laogai Research Foundation, 25/02/2015)

* Lors d’une fête de l’Association de l’internet de Beijing, un chœur a entonné un hymne martial célébrant la censure à mots couverts, se félicitant de « surveiller chaque jour l’espace », de présenter le pays « comme une scène magnifique » et de « dire au monde que le rêve chinois exalte la Chine ». Cet ensemble l’a emporté sur les autres compétiteurs de la soirée. Mais l’émission elle-même a peu après été sortie du réseau internet. (New York Times, 12/02/2015)

* L’administration de l’internet chinois a conclu un accord avec les fournisseurs d’information aux termes duquel ces derniers s’engagent à ne diffuser aucune information qui violerait la constitution, qui constituerait une subversion du pouvoir d’État ou porterait atteinte à la réputation du pays, sous peine d’être sanctionnés par la loi. (International Federation of Journalists, 10/02/2015)

* Lors d’une réunion d’étude rassemblant les directeurs des grandes universités, le ministre de l’Éducation Yuan Guiren demande que soit exercé un étroit contrôle sur l’usage des livres étrangers. Il cite une directive commune du gouvernement et du Comité central prescrivant d’écarter des cours les livres qui diffusent les valeurs de l’universalisme. Ces conceptions en effet jettent l’opprobre sur le socialisme et sur les dirigeants du Parti. Les enseignants sont d’autre part invités à ne pas exprimer de mécontentement ou «d’émotions négatives».  En début d’année, les Universités ont été pressées d’accorder une plus grande importance à l’étude du marxisme et du socialisme chinois. Le 24 janvier, le journal du parti Qiushi s’interrogeait sur les libertés académiques et critiquait les universitaires qui diffusent «l’idéologie occidentale». (S.C.M.P., 30/01/2015)

* Alors qu’ils enquêtaient sur les banquets somptueux donnés par les fonctionnaires aux frais des contribuables, trois journalistes ont été attaqués à Shenzhen (Guangdong) par certains des 28 policiers en activité ou en retraite qui participaient à la réception. L’un d’entre eux a été frappé à la tête ; les policiers ont saisi des appareils photos et des caméras. Le policier organisateur du banquet a fait cadeau à ses invités de salamandres géantes, espèce protégée dont le prix sur le marché peut atteindre 2.000 yuan au kilogramme. En 2014, la Commission du Comité central pour l’inspection disciplinaire aurait sanctionné 177.000 fonctionnaires pour violations de la campagne d’austérité décidée par le chef du Parti. (S.C.M.P., 26/01/2015)

* Les autorités chinoises ont bloqué un grand nombre des services V.P.N. (virtual private network) qui permettent aux cybernautes de contourner la censure et notamment donnent l’accès aux réseaux Google et Facebook. Le réseau Gmail n’est plus disponible pour les téléphones portables. Ces interdictions frappent des millions de Chinois et sont aussi très gênantes pour les entreprises étrangères de petites et moyennes dimensions. (Associated Press, 23/01/2015)

* L’administration a fermé 133 comptes Wechat/Weixin pour avoir diffusé des «mensonges» sur l’histoire de la Chine et celle du parti communiste. Parmi les messages contestés figuraient des critiques de la politique du gouvernement, des blagues sur les dirigeants, l’accusation portée contre des entreprises publiques d’exploiter les consommateurs, l’affirmation que le patriotisme affiché des officiels n’avait pour objet que de cacher leur corruption etc. En 2014, plus d’un milliard de messages ont été supprimés car «pornographiques ou nuisibles» ; 2.200 sites internet ont été fermés ainsi que vingt millions de forums en ligne, de blogs et de medias qui auraient diffusé des contenus «érotiques» ou «illégaux». (S.C.M.P., 20/01/2015) Les autorités affirment avoir fermé en 2014 trois millions de sites « pornographiques » dans le cadre d’une campagne de « nettoyage » de la toile. Les campagnes sur ce thème se succèdent depuis quelques années. 10 000 sites de l’internet ont été clos pour avoir diffusé de l’information « illégale ou nuisible » ; les confiscations de publications illégales atteignent 16 millions (dont 12 millions correspondant à des piratages). 212 affaires se rapportent à des journalistes non enregistrés ou à des publications fictives. (A.F.P., 11/01/2015) Note  : Les motifs de sanctions prêtent à discussion. Qu’est-ce que la pornographie pour la pudibonde censure chinoise ? «L’illégalité» des publications signifie-t-elle qu’elles n’ont pas été dûment déclarées ?

* Facebook a supprimé comme «ne répondant pas à ses normes» une émission de l’écrivaine tibétaine Woeser. L’auteure y parlait de la mort dans les flammes du moine Kalsang Yeshi, décédé début décembre et y joignait une vidéo montrant le moine enflammé. Facebook explique cette censure par la nature des images ; pour nombre d’analystes cependant son dirigeant Mark Zuckerberg a fait des concessions avec l’État chinois pour pouvoir pénétrer sur le marché du pays, à la suite de sa visite enthousiaste de fin 2014. (Phayul, 30/12/2014)

* Une étude annuelle du Comité pour la protection des journalistes identifie 221 journalistes emprisonnés dans le monde en 2014. La Chine vient en tête avec 44 journalistes, blogueurs et cybernautes détenus contre 32 en 2013. Près de la moitié des emprisonnés appartiennent aux minorités tibétaine ou ouighoure. 29 des détenus sont accusés de comploter contre l’État. Le renforcement des pressions sur la presse s’exprime aussi dans les nouvelles règles restrictives concernant les sujets à couvrir ou les refus d’accorder des visas à des journalistes internationaux. (C.P.J., 17/12/2014)

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