FIL D’ACTUALITES Citoyens & militants (1er trimestre 2016)

* Un militant des droits civiques réfugié aux États-Unis, Wen Yunchao, signataire de la Charte 08 inspirée par le prix Nobel emprisonné Liu Xiaobo, affirme que les autorités ont enlevé le 22 mars ses parents et son frère cadet, demeurés à Jiexi (Guangdong). Selon lui, la police le suspecterait d’avoir aidé à la diffusion de la lettre du blogueur Jia Xia qui demandait le 4 mars la démission du chef du Parti Xi Jinping. 20personnes au moins ont déjà été arrêtées pour leur implication supposée dans la lettre de Jia Jia, dont 6 employés de la plateforme d’information Wujie News qui avait publié le document. (B.B.C., 25/03/2016 S.C.M.P., 26/03 ; R.S.F., 29/03) 

* Le prix Cao Shunli des défenseurs des droits de l’Homme est décerné à Jia Lingmin, une enseignante de collège qui s’est battue pendant des années contre des démolitions de logements et qui a enseigné à de nombreux citoyens chinois les moyens de lutter en s’appuyant sur les moyens légaux. Détenue depuis mai 2014, elle fut condamnée à 4 ans de prison en novembre 2015 pour «susciter des querelles et fomenter des troubles». (C.H.R.D., 14/03/2016)

* Le riche propriétaire d’un groupe immobilier, Ren Zhiqiang, membre du parti communiste, a vivement critiqué sur son blog les positions du président Xi Jinping, selon lesquelles les médias devaient avant tout servir le Parti et en défendre la ligne. Il estimait que l’argent du contribuable devait aller au gouvernement et n’avait pas à soutenir les positions du parti. Il a été immédiatement dénoncé par les médias centraux comme propageant une pensée anticommuniste. Le blog sur Weibo de Ren Zhiqiang est suivi par 37 millions de personnes. Il a été rendu inaccessible. Mais un professeur de l’Institut de formation du parti a pris la défense de Ren Zhiqiang le 24 février, estimant que le débat montrait l’insuffisance des débats à l’intérieur du P.C.C. (China Change, 25/02/2016 ; S.C.M.P., 22-25/02/2016)

* Le Centre Zhongze de services et de conseils juridiques pour les femmes annonce sa fermeture à compter du 1 février. Ce groupe de défense du droit des femmes était dirigé par Guo Jianmei, lauréate du Prix Simone de Beauvoir 2010. En vingt ans de fonctionnement, il avait aidé des dizaines de milliers de femmes à défendre leurs droits individuels ou familiaux et leurs droits au travail ainsi qu’à lutter contre les violences familiales. Il dispensait aussi des formations et menait des recherches sur la condition féminine. Les autorités chinoises semblent avoir pris ombrage des aides financières que le Centre recevait de l’étranger, faute de financement interne, ainsi que des causes trop «sensibles» dont il s’était emparé. (S.C.M.P., 30/01/2016)

* Un tribunal de Shenyang (Liaoning) a condamné le militant Jiang Lijun à trois ans de prison pour «provocation de querelles dans le dessein de susciter des troubles». Son procès remonte au 10 juillet 2015. Il était détenu depuis juin 2014, période de répression habituelle pour ceux qui veulent rappeler le massacre de juin 1989.  Il a été plusieurs fois soumis à la torture pour obtenir des aveux, la tête tenue dans l’eau jusqu’à suffocation. En 2003, il avait été condamné à quatre ans d’incarcération pour «incitation à la subversion», grâce aux courriels que Yahoo avait bien voulu transmettre aux autorités chinoises. (Weiquanwang, 29/01/2016)

* Libération de quatre personnes originaires du Fujian, dont trois initialement condamnées à mort puis à détention perpétuelle. Elles viennent d’être innocentées d’un meurtre de 1994 après avoir passé vingt ans en détention. (Beijing News, 19/02/2016)

* L’avocat de Jinan (Shandong) Liu Shuqing perd sa licence professionnelle, vraisemblablement pour avoir pris la défense d’autres avocats appréhendés dans le cadre de l’opération menée à partir du 9 juillet 2015, notamment Wang Qiushi. Un de ses confrères, Feng Yanqiang, qui défendait d’autres collègues, était sans carte professionnelle depuis la fin de 2015. Trois autres avocats – Zheng Xiang, Xiong Dongmei et Liu Rongsheng -,avaient subi des menaces pour la même raison. Liu Shuqing avait autrefois défendu le fondateur du Nouveau Mouvement des Citoyens, Xu Zhiyong. (C.H.R.D., 28/12/2015, 31/01/2016)

* Le tribunal intermédiaire de  Guangzhou  (Guangdong)  a  condamné  l’avocat  Tang  Jingling à cinq ans d’emprisonnement. Arrêtés au même moment et pour les mêmes motifs, les deux activistes Wang Qingying etYuan Chaoyang subiront des peines de 2,5 et de 3,5 ans d’incarcération. Les trois hommes avaient signé la Charte 08, manifeste en faveur des droits démocratiques, aux côtés du Prix Nobel emprisonné Liu Xiaobo et de l’avocat Pu Zhiqiang L’épouse de l’avocat estime inutile de faire appel, compte tenu de la nature de l’appareil judiciaire. Elle affirme que son mari a été maltraité, privé de soleil et de contacts familiaux et qu’il est sous-alimenté. Sa cellule de 20m2nétait occupée par vingt détenus.(S.C.M.P. 29/01/2016)

* Après  six  mois  de  détention,  l’avocate  militante  des  droits  civiques  Wang  Yu  et  son époux Bao Longjun ont été officiellement inculpés respectivement pour «subversion du pouvoir d’État» et «incitation à la subversion du pouvoir d’État». Ils n’ont pas pu rencontrer leurs avocats, ont été privés de tout contact extérieur et d’informations sur les raisons de leur détention. Les médias avaient qualifié le cabinet juridique Fengrui, où travaillait Wang Yu, de «gang criminel» qui «attirait l’attention sur les cas sensibles» et «troublait sérieusement l’ordre social». Des poursuites sont engagées simultanément pour «subversion du pouvoir d’État» contre six avocats arrêtés dans la même vague de répression de juillet 2015 dirigée contre les défenseurs des droits civiques. Leurs condamnations devraient s’accompagner d’une interdiction professionnelle. .(S.C.M.P. 13/01/2016)

* Li Fangping, avocat de Shu Xiangxin, constate que les entretiens avec ce dernier se déroulent dans une pièce équipée de caméra, ce qui enfreint la liberté de relations avocat-client. En revanche, et malgré les engagements pris d’installer des caméras pour empêcher les violences contre les détenus, la police s’entretenait avec son client dans un local dépourvu de caméra, ce qui permettait de lui infliger des sévices. (Weiquanwang, 5/01/2016) 

*  L’avocat  et  défenseur  des  droits  civiques  Shu  Xiangxin  est  arrêté  de  nouveau  à  Jinan (Shandong) pour «extorsion de fonds et chantage». Ses deux avocats, Li Fangping et Cai Ying, n’ont pu lui rendre visite au centre de détention que deux jours plus tard. Selon Cai Ying, Shu avait été menotté, torturé et frappé entretemps par ses gardiens, privé d’eau et de nourriture. L’avocat avait été détenu en novembre 2012, après une recherche de plusieurs mois sur les liens de fonctionnaires locaux avec le crime organisé de Jinan. Il avait fait état de tentative de corruption pour qu’il abandonne la plainte déposée par des villageois contre les autorités locales au sujet d’acquisitions de terrains. Sa licence professionnelle lui avait été retirée. Il avait été remis en liberté en raison de la faiblesse du dossier d’accusation. (Weiquanwang, 4/01/2016 ; R.F.A., 5/01/2016)  

POINT SUR LES ARRESTATIONS DE JUILLET 2015 
Au total, 22personnes, sur les quelque 300 appréhendées le 9 juillet, ont été détenus sans contacts extérieurs ou ont disparu pour une période de six mois. Il en reste 19 en détention, dont 8 sur lesquels on ne sait presque rien. Des 11 pour lesquels on dispose d’informations, les avocats  Wang Yu,  Wang  Quanzhang, Zhou Shifeng, Li Shuyun et les militants Liu Sixin, Hu Shigen et Zhao Wei sont formellement inculpés en janvier 2016 de «subversion du pouvoir d’État». Cette accusation permet de lourdes peines, jusqu’à l’emprisonnement à vie. Trois  autres personnes doivent répondre «d’incitation à la subversion du pouvoir d’État», autrement dit de critique du gouvernement, ce qui entraîne des peines un peu moindres (5 ans minimum si l’on est un meneur et 5 ans au plus au cas contraire) ; un quatrième enfin est accusé de «destruction de preuves». Tous sont placés «en résidence surveillée dans un lieu désigné par la police», donc détenus sans  jugement. Le 10 janvier, le pouvoir a décidé d’arrêter aussi l’avocat Wang Qiushi, qui défendait l’avocat Wang Quanzhang (précité). Il avait été l’avocat des cinq féministes détenues au printemps 2015. De juillet jusqu’aux inculpations formelles de ce mois, les familles n’ont rien su, pas plus que les avocats des victimes. Au nom de la «mise en danger de la sécurité de l’État», plusieurs de ces derniers n’ont pu rencontrer leur client.

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