L’INDULGENCE ENVERS LE LOUP EST UNE INJUSTICE ENVERS LE MOUTON

Nouvelle présidence américaine, renouvellement prochain du Bureau du Parti chinois, première rencontre des deux chefs d’État aux Etats-Unis : on peut tenter d’y voir plus clair sur l’affrontement des deux puissances et sur les conséquences pour le reste du monde, en particulier au regard des droits de l’Homme et des risques de guerre. La rencontre de Floride les 6 et 7 avril chez Trump n’a pas duré bien longtemps. Le couple chinois n’a pas été accueilli à la Maison blanche et il ne fut tiré aucun coup de canon de bienvenue, les discussions furent courtes (trois heures au plus) et il n’y fut pas question de Taïwan et des ventes d’armes américaines, – contrairement sans doute aux souhaits de Xi Jinping pour qui recouvrer le territoire insulaire est une affaire de prestige. Le président américain a mis l’accent sur les questions commerciales et surtout sur l’énorme déficit des échanges avec la Chine : 347 milliards de dollars soit la moitié du déficit total du commerce extérieur des États-Unis. Il fallait dans les cent jours trouver moyen d’y remédier…On ignore qui subira les conséquences de l’impossibilité évidente d’y parvenir. On ne pouvait guère s’attendre à plus de résultat étant donné la nature des interlocuteurs : d’un côté, un président américain qui parle fort et se contredit ; de l’autre, un président chinois qui ne dit pas grand-chose et cache son jeu, énonce à destination internationale de grands principes mais se garde de les respecter chez lui. Trump a dit qu’il avait noué une amitié, mais cette phrase, bien sûr excessive, n’a aucune importance.

DU COMMERCE EXTERIEUR AUX DROITS DE L’HOMME

Revenons un instant quand même sur la question commerciale, car elle touche assez directement aux droits de l’Homme. La concurrence «déloyale» et la puissance des exportations chinoises viennent tout simplement des bas salaires, de la faiblesse des prestations sociales et de conditions de travail le plus souvent déplorables. Le régime chinois peut-il et veut-il abandonner ce modèle d’accumulation primitive pour aller vers une croissance fondée sur le développement de la consommation intérieure ? Il ne le veut certainement pas, sinon il laisserait se développer une vie syndicale authentique rythmée par des négociations collectives ; alors qu’il considère comme subversive toute organisation syndicale sortie de l’orbite du parti. D’autre part, la surpopulation chinoise des campagnes (où se trouve encore 40% de la population active) maintient à très haut niveau le potentiel d’exode rural et de migrations vers les emplois des villes ; elles ont pour effet d’y réduire les revendications salariales et, le cas échéant, permettent d’y casser les grèves. Le régime chinois n’a guère intérêt à se priver de cet avantage face à la concurrence, et ce d’autant plus que l’administration des entreprises recouvre plus ou moins la direction du parti, à l’échelon local. Sur place, pouvoir économique et pouvoir politique s’entremêlent et ce dernier profite des bas salaires. On a bien noté ici et là quelques relèvements de rémunérations mais ils n’empêchent nullement la consommation chinoise de représenter, à l’échelle mondiale, une part anormalement basse du produit intérieur et l’investissement des entreprises, une part anormalement élevée.

Élu mais pas encore intronisé, le président américain avait laissé entendre qu’il réexaminait la question de Taïwan et le principe d’une seule Chine qui depuis trois décennies avait guidé les relations sino-américaines. Mais ce mois d’avril, l’intérêt et les tensions se sont déplacés de Taïwan vers la Corée, avec de réels risques de déflagrations militaires et des prises de position inquiétantes. Donald Trump affecte de croire que Beijing a les moyens d’imposer à Pyongyang l’arrêt des essais de fusées et d’engins nucléaires par lesquels la Corée du Nord se dit prête à frapper les États-Unis en cas d’attaque de ces derniers. La Chine affiche à l’égard de Pyongyang un mécontentement qui doit être pour partie réel puisqu’il n’y a encore eu aucune rencontre Xi Jinping-Kim Chong-un depuis l’arrivée au pouvoir du président chinois. Mais la mésentente n’empêche pas le double-jeu : en guise de sanctions économiques, la Chine a mis un terme à ses achats de charbon nord-coréen mais en même temps, elle a acheté du zinc, du minerai de fer, des textiles et des produits de la pêche, ce qui, de même façon, procure des devises. Cette duplicité n’est pas sans danger, car si l’on en croit Donald Trump, au cas où la Chine ne serait pas capable d’amener la Corée du Nord à la raison, les États-Unis pourront s’en charger et, s’il le faut, par la force. La situation ne cesse donc de se tendre. Depuis le premier essai nucléaire nord-coréen de 2006, les Nations unies ont décidé de sanctions à six reprises ; elles n’ont pas réussi à bloquer le développement de l’arsenal nucléaire de Pyongyang : il y eut deux essais nucléaires en 2016 et de nombreux tirs de fusées. Dans deux ans, l’Amérique pourrait être à portée des engins nord-coréens. Cette éventualité amène les États-Unis à installer sans tarder leur dispositif THAAD (Terminal High-Altitude Area Defence System) en Corée du Sud, conçu pour intercepter et détruire les engins du régime nordiste. Mais ce système de défense permet aussi d’observer la Chine et une partie de la Russie orientale. Moscou et Beijing y sont évidemment opposés ; la Chine se déclare prête à riposter à l’installation des fusées «pour défendre la sécurité nationale» et ajoute qu’elle va expérimenter de nouvelles armes destinées à neutraliser le THAAD, soit par brouillage électromagnétique des radars, soit par l’usage de ses fusées Dongfeng. C’est dans ce contexte tendu où se joue la paix du monde que s’est tenu entre l’Union européenne et la Chine le septième «dialogue stratégique» européo-chinois, première rencontre après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. On aurait pu espérer que la voix des pays européens se fasse entendre, avec d’utiles propositions d’apaisement à l’échelle mondiale. Mais le communiqué n’a pas apporté grand-chose, sinon des affirmations venues des deux côtés quant à leur volonté de faire respecter la liberté du commerce. Ces échanges «stratégiques» sont à ce point importants que les participants préfèrent n’en rien communiquer de substantiel.

LA LUTTE CONTRE LA POLLUTION «À CARACTÉRISTIQUES CHINOISES».

On peut encore s’interroger sur l’inefficacité des comportements occidentaux dans un autre domaine qui touche au droit auquel tout homme peut prétendre, celui de vivre dans un environnement sain. La chose d’ailleurs concerne directement la France puisqu’il s’agit de la violation des engagements pris à Paris à la COP21 (décembre 2015). On a accepté du pays le plus pollueur et le plus pollué de la planète des engagements peu contraignants et dont en outre on n’irait pas vérifier sur place la mise en oeuvre. Or tout montre qu’on n’atteindra pas les objectifs et tout laisse supposer qu’on ne cherche pas à redresser la barre alors qu’on court au désastre. Le ministère de l’Environnement chinois a fait ces deux derniers mois (voir les bulletins mars et avril) des constats calamiteux : nombre d’entreprises chinoises fournissent des données falsifiées, se refusent aux équipes d’inspection. Il y a «un grand écart entre les pratiques et ce à quoi le gouvernement s’attend». Les injonctions officielles ne sont pas respectées, les usines interdites reprennent en douce leurs activités ; les métaux lourds continuent de s’accumuler dans le sol ; les eaux d’égout sont déversées sans traitement ; les chantiers de dépollution prennent du retard. Tous ces mépris des engagements, qui résultent de comportements écervelés ou d’un appât du gain immédiat resteront sans sanction. Ni sanctions étrangères car il s’agit d’affaires intérieures au pays et elles ne souffrent aucune ingérence externe, il en va de l’honneur de la Chine ; ni sanctions nationales, car de toute évidence, cet État policier qui sait repérer tout ce qui l’agace au fond des ordinateurs, des téléphones portables ou des canards de province, voire dans les conversations privées, est incapable de repérer une usine en fonctionnement qui ne devrait pas l’être, une bouche d’égout qui déverse ses puanteurs, les fumées industrielles qui retombent sur les écoles et les cours d’habitation, ou les vapeurs âcres qui font tousser. On ne dira rien en Occident car la bienveillance envers le régime chinois n’a d’égale que l’indifférence envers ses victimes, y compris dans le domaine de l’environnement : adultes, enfants, vieillards. Comme le dit un proverbe scandinave, l’indulgence envers le loup est une injustice envers le mouton.

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