FIL D’ACTUALITES Citoyens & militants (2ème trimestre 2017)

* Comme chaque année, à l’approche de l’anniversaire du 4 juin 1989, les autorités s’efforcent d’interdire toute commémoration du massacre dit « de la place Tiananmen ». Elles ferment les blogs sur l’internet et  ont assigné à résidence différents dissidents comme Zhang Kun, militant du Jiangsu, Huang Simin et son époux l’écrivain Li Xuewen, de Guangzhou. Dans la province du Shandong, néanmoins, le professeur Sun Wenguang est parvenu à organiser chez lui une réunion commémorative le 24 mai ; la surveillance policière de son domicile s’est considérablement renforcée les jours suivants. (R.F.A., 3005/2017) Le site Chinese Human Rights Defenders a identifié 22 personnes aujourd’hui en détention qui avaient participé au mouvement démocratique de 1989. S’y ajoutent, astreints à divers contrôles et privations de liberté, la journaliste Gao Yu, condamnée à 5 ans mais libérée pour raison médicale ; l’avocat Pu Zhiiang, condamné en décembre 2015 à 3 ans avec sursis et le militant Zhai Yanmin, condamné en août 2016 à 3 ans avec sursis. (C.H.R.D., 1/06/2017)

* Arrestation officielle du Taïwanais Li Ming-che pour «subversion du pouvoir d’État». Le militant démocrate avait été appréhendé le 19 mars au Hunan, peu après son entrée en Chine à partir du territoire de Macao. Li Ming-che avait soutenu des organisations démocratiques «dans le dessein de renverser le système politique» et ce faisant, il «mettait en danger la sécurité nationale». Les autorités chinoises assurent qu’il a reconnu ses fautes. Li Ming-che est le premier Taïwanais arrêté pour «subversion». Cette qualification fait peser la menace d’un emprisonnement à vie. Le ministère de la Justice de Taiwan a demandé des informations conformément à l’accord passé avec le continent pour la lutte contre le crime ; il a requis des assurances concernant la santé du détenu, sa sécurité et le respect des droits de la défense. Il demande que sa famille puisse lui rendre visite et qu’il soit libéré dès la fin de l’enquête. (Taipei Times, 28/05/2017 ; S.C.M.P., 27/05/2017)

* Un nouveau projet de loi vise à organiser une surveillance intensifiée des individus suspects et facilite la perquisition des locaux. Le texte élargit les pouvoirs de questionner, de recueillir des matériaux, d’installer des postes de surveillance dans les bureaux ou les ensembles commerciaux, avec les moyens techniques appropriés. Le projet conforte l’extension des pouvoirs d’intervention constatée depuis quelques temps par les militants des droits civiques, notamment avec la pose de caméras de surveillance, l’écoute des conversations téléphoniques et la multiplication des contrôles, y compris sur les familles de détenus. Il prolonge la loi sur la Sécurité nationale adoptée en 2014. (Reuters, 26/05/2017)

* 29 avril 2017, 49ème anniversaire de la mort de Lin Zhao : autour de sa tombe, la police a placé des caméras de surveillance et du personnel de la sécurité. Journaliste et poétesse, Peng Linzhao, d’abord une communiste convaincue, se dresse contre la campagne de dénonciation des droitiers qui fait suite au mouvement des Cent fleurs (1957). Elle est arrêtée en 1960 et condamnée à 20 ans de prison.  Privée de stylo, elle utilise pour écrire son sang et une épingle à cheveux ; elle reproche au parti d’utiliser l’idéalisme de sa génération et affirme que la lutte contre la dictature du Guomindang ne justifiait pas qu’on en créât une autre. Elle est exécutée à Shanghai en avril 1968. Sa réhabilitation en 1981 n’empêche pas qu’elle soit encore considérée aujourd’hui comme un personnage subversif. Autrement dit, c’était une erreur de la condamner mais il ne faut pas rappeler l’erreur : l’image du Parti doit rester immaculée.

* Des commissaires politiques du parti vont être installés à partir du 20 mai dans les 610 cabinets d’avocats de Tianjin. Cette grande agglomération proche de Beijing est la première à accepter ce contrôle de la loyauté envers le chef du P.C.C. dans un milieu professionnel non directement subordonné au parti communiste. On ignore si cette expérience pilote sera étendue à d’autres agglomérations. Le rôle du commissaire sera de renforcer la discipline du parti et de consolider son autorité parmi les 5.500 avocats de la ville. (S.C.M.P., 18/05/2017)

* Libération de l’avocat Li Heping, arrêté en juillet 2015 pour «subversion du pouvoir d’État» et condamné à une peine de prison assortie de sursis. L’avocat est sorti vieilli et très affaibli d’une détention de plus 600 jours ; il y a été frappé et torturé, notamment par des chocs électriques ; son épouse affirme que les gardiens avaient noué ses poignets et ses chevilles ; il est resté 60 jours en isolement total. (R.T.H.K., 12/05/2017 ; Weiquanwang, 23/01/2017). L’avocat n’a plus le droit d’exercer sa profession. Il est connu pour avoir assuré la défense de dissidents célèbres (Gao Zhisheng, Chen Guangcheng) et de membres de la secte Falungong. Son frère, l’avocat Li Chunfu, a été détenu plus de 500 jours et souffre de troubles psychiques depuis sa remise en liberté.

* Procès devant un tribunal de Shanghai, du militant du travail Hu Changgen, accusé de «susciter des querelles et de provoquer des troubles». Il était détenu depuis juin 2016 pour motif de «fabrication et diffusion de fausses informations terroristes». Venu de l’Anhui, Hu Changgen a travaillé 20 ans à Shanghai comme ouvrier-migrant ; depuis plus d’une décennie, il fournissait sur l’internet des informations concernant les travailleurs-migrants et sur les discriminations dont ils souffrent quant à l’accès aux droits, faute de certificat de résidence (hukou). Il a été à plusieurs reprises mis en détention. (C.H.R.D., 25/04/2017)

* Procès à Wuxi (Jiangsu) de quatre militants – Shen Aibin, Cheng Tianjie, Zhou Xiaofeng et Zhu Bingguan – accusés de «provocation de querelles et création de troubles». Ils faisaient partie d’un groupe de 20 personnes arrêtées à Wuxi en avril 2016. Shen Aibin s’est attaché à mettre la lumière sur la corruption des fonctionnaires et sur l’usage des prisons clandestines utilisées pour les détentions extra-judiciaires. Après avoir sorti d’une prison clandestine cinq pétitionnaires en juin 2013, il avait été condamné à 18 mois de prison pour «dégradation intentionnelle de propriété». Il a déclaré que la police l’avait torturé et contraint à signer des aveux. (C.H.R.D., 23/04/2017)

* La Chine détient huit réfugiés nord-coréens – dont au moins quatre femmes – depuis la mi-mars à Shenyang (Liaoning). Deux des femmes ont été vendues comme épouses ; deux autres souffrent de blessures. La Chine a pour règle de renvoyer ces «immigrés illégaux» vers la Corée du Nord, où ils peuvent craindre les pires traitements. Pyongyang qualifie ces fuites de «trahison envers la nation». On a signalé 41 détentions de Nord-Coréens depuis 9 mois et l’on ignore le nombre des rapatriements ; ceux-ci violent les dispositions de la Convention des Nations unies sur les réfugiés (1951) et le Protocole afférent de 1967. (Human Rights Watch, 23/04/2017)

* Un groupe d’inconnus est entré de force à Beijing chez l’avocate radiée du barreau et militante des droits civiques Ni Yulan. De telles violences se sont déjà produites trois fois cette année, – et huit fois depuis 2013. Ni Yulan et son époux Dong Jiqin sont depuis des années victimes de la répression d’État, de tracasseries administratives, de surveillances, d’escroqueries délibérées et de harcèlements de voyous. Mais ils continuent d’apporter soutien et conseils aux personnes en difficulté, particulièrement aux individus menacés d’expulsion et de démolition d’appartement. En 2016, le Prix international Femme de courage a été décerné à Ni Yulan mais elle n’a pu se rendre aux États-Unis pour le recevoir. Ni Yulan a été condamnée à plusieurs privations de liberté : un an de prison en 2002, puis assignée à résidence en 2008, enfin deux ans et huit mois de détention en 2012 et deux ans pour Dong Jiqin. L’Union Lors de sa première incarcération, elle a été frappée avec violence et a partiellement perdu l’usage de ses jambes ; elle ne peut se déplacer sans aide. La police a enjoint plusieurs fois aux logeurs du couple de résilier le bail en cours et de jeter les occupants dans la rue. Des voyous ont brisé leurs fenêtres ; le couple a été privé de courant électrique et parfois battu par des inconnus ou encore contraint de dormir dans des lieux publics. (Front Line Defenders, 18/04/2017)

* Un tribunal de Tianjin condamne l’avocat défenseur des droits civiques Li Heping à trois ans de prison avec sursis d’exécution de quatre ans pour «subversion du pouvoir d’État». Il est accusé d’avoir attaqué et discrédité l’autorité gouvernementale ainsi que la législation et, en outre, il a accordé des entretiens à des médias non chinois. Le tribunal l’a encore accusé d’avoir utilisé des fonds étrangers et d’avoir eu des relations avec des personnes qui veulent «subvertir la pensée politique nationale». Li Heping est connu pour sa défense de dissidents célèbres tels que Chen Guangcheng et Gao Zhisheng ou de membres de la secte religieuse Falungong. (S.C.M.P., 14/04/2017)

* Un tribunal de Beijing a réduit de 12 à 10 ans de détention la peine prononcée contre l’avocat Xia Lin. Il avait défendu plusieurs personnalités militant pour les droits civiques, tels que l’avocat Pu Zhiqiang, l’artiste Ai Weiwei ou l’un des défenseurs des victimes du tremblement de terre du Sichuan, Tan Zuoren. Même réduite à 10 ans de prison, la peine infligée à Xia Lin est une de plus lourdes qu’aient à subir les avocats. (S.C.M.P., 21/04/2017)

 

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